Fiat Uno (1983-1995)

                 Chez Fiat, la Uno tient une place toute particulière puisqu’elle est le modèle le plus produit du constructeur turinois avec quasiment dix millions d’unités, soit l’une des voitures les plus produites au monde. Dévoilée en 1983, voiture européenne de l’année 1984, une carrière de douze ans en Europe qui joue les prolongations au Brésil jusqu’en 2013… 

La génèse de la Uno

         Remontons dans la seconde partie des années 1970, Fiat est un spécialiste des petites voitures avec une 126 qui vient de reprendre le flambeau de la Fiat 500, et surtout une 127, initiatrice du segment C, qui est le grand succès de Fiat du moment. Pour perpétuer la réussite du jour, il faut préparer l’avenir, alors vers 1978-1979, le bureau d’études de Fiat doit plancher sur le remplacement de la 127. Deux impératifs du cahier des charges : le hayon et la tration. L’équipe du Centro Stile Fiat est mise en concurrence avec un ItalDesign mené par Giugiaro , mais aucune des deux propositions n’arrive à convaincre.

            Dans le même temps, chez LanciaAutobianchi, filiale de Fiat, on travaille sur la remplaçante de l’Autobianchi A112. Là encore, une équipe interne fait face à Giugiaro, ce dernier propose la Lambda, une petite voiture compacte aux lignes modernes et à l’habitacle généreux. Cette proposition fait l’unanimité, trop peut-être, et voilà le projet Lancia annulé par Fiat pour le reprendre à son propre compte (non sans provoquer des remous au sein d la filiale Lancia-Autobianchi). Ainsi nait le projet 146 qui donne naissance à la Uno, Giugiaro retouchant son projet en l’allongeant et en lui donnant les codes stylistiques de Fiat, ce qui permet de geler le style en 1980 et lancer deux années d’essais pour les prototypes.

                Côté mécanique, conformément à la pratique de Fiat, la Uno sortira avec des moteurs déjà existant dans la gamme Fiat, la Fiat 127 donnera son 903cm3 et la Fiat Ritmo ses moteurs essence 1,1 et 1,3 litres. L’utilisation de moteurs déjà éprouvé permet, outre des économies dans le développement de la Uno, de bénéficier d’une réputation de solidité rassurante auprès de la clientèle. Le développement de la Uno nécessita néanmoins 360 prototypes, principalement pour tester l’intégration des mécaniques dans la caisse de la Uno, ainsi que les trains roulant (le train arrière est inédit tandis que le train avant, issu de la Fiat 127, est modernisé sur la Uno) et la mise au point des finitions. Au cours des essais, ce seront plus de six millions de kilomètres parcourus par les différents « mulets ».

               Quant à l’industrialisation, le site historique de Mirafiori est retenu pour la production de la Uno, dont le processus de fabrication est robotisé en grande partie : deux cents robots sont affectés sur les lignes de montage de la Fiat Uno, notamment concernant la peinture et la soudure (sur 2.700 points de soudure, seuls une trentaine nécessite un travail manuel).

1983 : le lancement de Uno

          Le 18 janvier 1983, Fiat présente la Uno à la presse lors d’une opération à Cap Canaveral, en Floride. Là, au milieu des fusées de la NASA, et lors d’une cérémonie en grandes pompes, Fiat dévoile les caractéristiques de sa nouvelle voiture. Fiat a de grands espoirs pour sa Uno, et dès ses débuts, la voiture propose déjà une gamme large. Notons qu’elle est proposée en version trois ou cinq portes, alors que les constructeurs espaçaient le lancement de ces deux variantes de quelques mois à quelques années.

               La Fiat Uno dispose à son lancement d’une gamme de trois motorisations essence : 0.9l pour 45ch (Uno 45), 1.1l pour 55ch (Uno 55) et 1.3l pour 68ch (Uno 70). Ce sont tous des moteurs quatre cylindres en ligne à huit soupapes, bien connus dans la gamme Fiat pour être repris, le 903 cm3, de la Fiat 127, et les deux autres de la Fiat Ritmo. Ils sont accolés à une boite à cinq rapports, seule exception pour les versions d’entrée de gamme qui reçoivent qu’une boite quatre. Pas de vraie révolution niveau mécanique donc, mais avec un poids contenu de l’ordre de 700kg, la Fiat Uno offre des performances comparables à la concurrence et des consommations d’essence acceptables : 140km/h pour la Uno 45, 150km/h pour la Uno 55 et jusqu’à 155km/h pour la Uno 70.

               Quant à la gamme Uno, il n’y a pour le moment que deux finitions : base et S (également nommée Super selon les marchés). On reconnait, extérieurement, la finition S aux clignotants avant blancs alors qu’ils sont orange sur les versions de base. Et le client a le loisir de choisir parmi les quinze teintes du nuancier, dont cinq sont métallisées (et plus chères). Rajoutez à cela une habitabilité remarquable et une large surface vitrée permettant de rendre l’habitacle lumineux, un prix de vente attractif, vous aurez un lancement réussi. Le succès de la Fiat Uno est immédiat, au point qu’il faut rapidement créer de nouvelles lignes de montage pour satisfaire la demande.

Automne 1983 : la gamme Uno s’agrandit déjà

              Quelques mois après le lancement de la Uno, deux nouvelles versions viennent compléter la gamme : une version Diesel et une version ES.

  Uno Diesel : Elles sont encore rares, les citadines à moteur Diesel au début des années 1980. Depuis 1981, Fiat s’était lancé en montant un 1300 Diesel dans la Fiat 127, et nul doute que la voiture trouvait sa clientèle pour réitérer l’expérience sur la Uno. Ou du moins, avec un moteur Diesel à disposition, Fiat avait tout à disposition pour lancer une Uno Diesel. Elle récupère donc le 1.301cm3 Diesel monté jusque-là sur la Fiat 127, avec sa puissance de 45Ch, ce n’est pas un foudre de guerre mais le moteur, couplé de série à une boite cinq, est économique  et dispose d’un couple supérieur à la Uno 55.

   Uno 45 ES : ES pour Economy Saving, cette version de la Fiat Uno bénéficie des travaux de recherche du constructeur italien en matière de réduction des consommations des moteurs. Construite sur la base d’une Uno 45S, la ES bénéficie extérieurement d’enjoliveurs de roues plats, d’un déflecteur sur le hayon, l’instrumentation face au conducteur reçoit un économètre qui permet de connaitre la consommation instantanée. Le moteur reçoit un allumage digital de l’équipementier Marelli qui coupe le moteur après 10 secondes sans sollicitation, des pistons spécifiques qui augmentent le taux de compression et une boite de vitesses à cinq rapports longs.

1984 : la Uno sacrée

                     Le lancement réussi de la Fiat Uno est confirmé en 1984 par l’obtention du prix de voiture de l’année, devant une certaine Peugeot 205. En Italie, la Fiat Uno se classe déjà en tête des ventes d’automobiles, et à l’export, la Uno marche très fort. Pour preuve, en Allemagne, elle y est la voiture étrangère la plus vendue.

                     En mai 1984, la gamme Uno est complétée par la 70 SX, une version haut de gamme qui prend pour base la 70S mais avec une finition améliorée et un équipement supérieur : les fauteuils sont recouvert de velours et reçoivent un appuie-tête, un compte-tours et une montre digitale et une liseuse de plafonnier complètent la dotation de la SX. A l’extérieur, la SX bénéficie d’antibrouillards et un spoiler sur le pare-chocs avant, des enjoliveurs en plastique réhaussent les arches de roue et un embout chromé prend place sur la sortie d’échappement.

1985 : le million 

                  Au cours de l’année 1985, Fiat célèbre déjà le millionième exemplaire de la Uno. Cette année, la gamme Uno s’élargie une fois de plus avec l’arrivée d’une version sportive et la gamme est remaniée au niveau des dénominations :

                  La SX devient SL, elle reçoit en plus la centralisation des portes, les vitres électriques teintées, un volant à quatre branche et une sellerie en tweed. Surtout, la finition SL est disponible sur l’ensemble des moteurs essence et on peut créer le mélange des genres avec le petit moteur et la finition haute (une Uno 45 SL !).

                  Côté moteurs, le 903cm3 prend sa retraite, il est remplacé par le moteur Fire de 999cm3 pour 45Ch, la Uno 45 gagne 5km/h sur la vitesse de pointe mais surtout une consommation bien plus réduite et une souplesse d’utilisation sans commune mesure par rapport au 903cm3. Elle est disponible avec une boite quatre sur la finition base, et en boite cinq sur les versions S et SL. Dès lors, la Uno ES n’a plus qu’un faible intérêt, elle est donc supprimée sans avoir trouvé sa clientèle. Il faut dire qu’elle était proposée 900 Francs moins chère qu’une Uno 55.

                     La Uno 55 justement, elle disparait au cours du millésime 1985 au profit d’une Uno 60, en fait, il s’agit de la Uno 55 dont le moteur, strictement identique, reçoit un carburateur double corps pour faire gagner 3Ch (58 au total) et une vitesse maximale à 155km/h. Quant à l’Uno 70, l’arrivée d’un nouvel allumage lui fait perdre 3 Ch pour passer à 65Ch.

                        Surtout, la Uno arrive dans le segment des petites sportives avec la Turbo i.e.. Cette dernière utilise le bloc moteur de la Ritmo 85 mais dont la cylindrée passe à 1.301cm3. On le dote d’une injection électronique dérivée de la Fiat X1/9, radiateur d’huile, refroidissement par huile de la culasse et turbo compresseur IHI VL2 avec intercooler. Il est accolé à une boite de vitesse dérivée de celle de la Ritmo 105 TC. Avec ses 105Ch, la voiture peut filer jusqu’à 200km/h et passer le cap des 100km/h en 8 secondes. Le châssis est corrigé avec un abaissement de la caisse de 4cm, quatre freins à disques et une monte de pneumatiques en 175/60. La Uno Turbo i.e. se distingue extérieurement par ses jantes alliage et son kit carrosserie. Il y avait de quoi aller titiller les Peugeot 205 GTi 1.6 et autres Supercinq GT Turbo, si son comportement routier était sain…

1986 : le second million… 

                 Avec une gamme large et diversifiée, les ventes de la Fiat Uno s’emballent, si bien que le second million est atteint dans l’année 1986. Cette année, on voit apparaître la Uno Turbo Diesel lors du salon de Turin, elle récupère le 1,9 litre Diesel des Fiat Ritmo et Lancia Prisma équipé d’un turbo Garret T2, un moteur qui développe 72Ch qui permet, outre un couple généreux et des accélérations franches, une vitesse de pointe à 165km/h. Fiat la dote d’une présentation un peu plus luxueuse que la moyenne avec l’équipement de la Uno SL et le volant en cuir de la Turbo i.e. 

                   A la toute fin d’année, la version SX fait son retour dans la gamme Uno, version haut de gamme, elle se place au-dessus de la version SL avec une apparence extérieure qui la rapproche aux versions Turbo D et Turbo i.e.. Dans l’habitacle, c’est fauteuils en velour, volant et levier de vitesse recouverts de cuir, et instrumentation digitale. 

1987 : une gamme complète

           La gamme de la Uno n’est pas assez complète ? Non, il manque encore la boite automatique ! Cet oubli est réparé en 1987 avec l’apparition de la Uno Selecta, réalisée sur la base d’une Uno 60S, elle dispose d’une transmission à variation continue CVT mise au point par le fournisseur néerlandais Van Doorne que l’on retrouve également dans la Ford Fiesta. 

               Dans certains pays qui mettent en œuvre des législations anti-pollution, la Turbo i.e. reçoit un catalyseur qui lui fait perdre 5ch pour en afficher 100 (l’honneur est sauf !). Enfin, l’ensemble de la production Uno reçoit désormais de série les appuie-tête, qui diffèrent sur les versions SL et SX. 

1988-1989 : années de transition 

             Par une politique de séries spéciales, les ventes de la Uno continuent d’être soutenues malgré une voiture qui commence à prendre de l’âge et une concurrence qui s’affute. Ainsi, dans certains pays, on ressort le 903cm3 pour créer des versions à prix d’attaque compétitif. Une solution qui marche, le trois millionième exemplaire d’Uno est célébré en 1988. En coulisse, on prépare un restylage de la Uno qui est présenté lors du salon de Francfort 1989. 

1990-1995 : La Uno ph2. 

                    La Uno phase 2 offre un visage nouveau à la petite Fiat, le style extérieur se rapproche de la Tipo, lancée deux ans auparavant et devenue elle aussi voiture européenne de l’année. La calandre est remaniée et désormais teinte couleur carrosserie, les pare-chocs s’épurent et se dotent d’antibrouillard, les optiques avant et arrière bénéficient d’un nouveau dessin, le hayon est lissé. L’intérieur change également, nouveau tableau de bord entièrement redessiné, les fauteuils et leur revêtement change. Fiat opère une montée en gamme de la Uno, la version SL disparait.

                 Sous le capot, seul le Fire de 999cm3 de la Uno 45 est conservé. On conserve toutefois une version d’entrée de gamme avec le vénérable 903cm3 sur la Uno Pop. La Uno 60 bénéfie du nouveau Fire 1.108cm3 pour une puissance de 58Ch et une consommation réduite de 10% par rapport à la Uno 60 de la première série. Les performances sont légèrement supérieures, c’est surtout le couple et les reprises qui font un bond en avant. Quant à la Uno 70, elle reçoit le nouveau 1.372cm3 avec injection électronique monopoint, sa puissance de 72Ch est inférieure à la Uno 70 série 1 (3Ch de perdus) mais elle conserve des performances de premier ordre. Il faut désormais parler de Uno i.e. et seule la finition SX est disponible. 

                 Changement de moteur pour la Turbo i.e., le 1.301cm3 est troqué contre un nouveau 1.372cm3 et une puissance portée à 118ch. Les performances font elles-aussi un bond en avant, et la tenue de route est améliorée avec l’adoption de série d’une barre antiroulis. Quant à la Uno Selecta, elle est désormais construite sur la base de la Uno 70 (elle reste toutefois disponible en version 60 pour le seul marché italien). 

            Si les versions Essence bénéficient de nouveaux moteurs, les Uno Diesel sont reconduites sans changement majeur, notons seulement l’adoption d’une barre antiroulis sur la Turbo D.  

                 Le lots de nouveautés apportées avec la présentation de la série 2, la Fiat Uno ne va pas connaitre de modifications majeures jusque début 1993, on note l’apparition fin 1990 dans les pays anglo-saxons d’une Uno Van aux vitres arrières occultées dont la diffusion resta confidentielle. Les ventes sont toujours très bonnes, et souvent dynamisées par des séries spéciales pour donner de l’attrait à une voiture qui n’évolue que peu. 

                   En janvier 1993, règlementation européenne oblige, toute la gamme Uno est catalysée, et perd de la puissance (9Ch perdu sur la Uno 60, qui passe de 58 à 49Ch…). Le 903cm3, trop ancien, est définitivement abandonné, et la Uno Selecta encore disponible en version 60 en Italie est supprimée. En septembre 1993, la présentation de la Fiat Punto condamne la Uno, mais le modèle fait de la résistance en proposant un prix d’appel très compétitif. Pour l’instant, les versions hautes (70 i.e., Turbo i.e. et Turbo D) sont abandonnées.   

                  En février 1994, la Uno 60 et la Uno Selecta quittent la scène, seule la Uno 45 Fire est maintenue jusqu’en octobre 1995. Là, c’est la fin du modèle en Europe, après 6 272 796 d’exemplaires produits en Italie. Un score des plus honorables, qui va continuer de grossir  dans le reste du monde, et notamment au Brésil où elle fut produite jusqu’en 2013, pour se rapprocher des dix millions d’unités. Pour faire simple, au-dessus de la Fiat Uno, il y a la Volkswagen Coccinelle, la Ford T, et la Peugeot 206…  

Sources 
Car Design Archives : lien

6 réflexions sur « Fiat Uno (1983-1995) »

  1. Une voiture attachante, fiable, pratique, économique, sûre et fidèle. Sans doute la dernière automobile simple et à la fois légère. La version 1700 D avait la particularité d’être extraordinaire en montagne. Plus elle grimpait haut et plus elle avait de la puissance ! Son seule défaut était une certaine fragilité de la qualité des tissus de sièges. Au bilan : une voiture dont il est impossible de ne pas avoir la nostalgie.

  2. Merci pour cet article très passionnant sur la UNO, mon beau-frère étant concessionnaire régional FIAT, nous lui avons acheté une UNO 45 de base neuve en 1988 que nous avons revendu à 175 000 kms en 2012 sans problèmes majeurs pour acheter 3 modèles 60 SL de 1988 qui roulent toujours aujourd’hui.
    Après fiabilisation des vitres avants électriques et fermeture centralisée, la tringlerie de boîte a été modifiée et des sièges de série 2 plus confortables ont pris place à l’intérieur. Ce sont des voitures économiques, faciles à entretenir vu le prix modique des pièces et j’espère qu’elles rouleront encore longtemps.

  3. Merci pour cet article. J’ai eu une Fiat Uno 60D 2 portes de 1988, achetée neuve. C’était une voiture phénoménale, maniable, tenant bien la route et avec un couple gigantesque. J’ai fait plusieurs fois la traversée de l’Italie jusqu’à Brindisi pour aller en Grèce. Elle avalait les kilomètres sur autoroute sans rechigner et elle allait aussi bien sur les pistes de montagne en Grèce. Dans les montées sur autoroute, je doublais pratiquement tout le monde ! Dommage que j’aie dû la vendre en 1994 pour cause d’agrandissement de la famille. Enfin…

  4. Merci pour cet article encore superbe.

    Notons juste qu’entre son arrêt en Europe et son lancement au Brésil, soit entre 1995 et 2004, la production a fait été transférée à l’usine Somaca au Maroc, où la voiture a connu une très belle carrière puisqu’elle était de loin la plus vendue (elle remplaçait la R4 dans le classement). Grace à une gamme simplifiée (il me semble que c’était 55i Fire et D60) elle était la moins chère du marché (65 000 MAD contre 90 000 pour une R4. Enlever un 0 pour avoir le prix en Euro). Un partenariat a même été signé avec les petits taxis de Rabat pour garantir un minimum de volume de production. Elle sera épaulée dès 1998 par le duo Palio/Sienna, sans pour autan être remplacée, en tout cas pas avant 2005. C’est la Logan qui la remplacera à ce moment là niveau ventes …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *