Seat Fura GL – 1984

              L’industrie automobile espagnole est assez pauvre, puisque à part Seat, il n’y a pas grand monde, si ce n’est Pegaso, Santana, ou encore FASA … Quant à Seat, encore faut-il rappeler que jusqu’en 1981, cette marque ne produisait que des Fiat sous licence, on est donc loin d’un vrai constructeur indépendant, bien que Seat ait sorti quelques modèles spécifiques, comme la Seat 800, qui est une Fiat 600 à quatre portes; ou encore la Seat 1430 Sport… Mais en 1981, l’accord Seat-Fiat cesse sans être renouvelé, et c’est à la hâte que Seat va devoir replâtrer les modèles issus des Fiat pour continuer à exister sans pouvoir être accusé de contrefaçon … Tel fut le cas de la Seat 127, qui devient alors Seat Fura !

          Jumelle hispanique de la Fiat 127, la Seat Fura fut produite entre 1981 et 1986 à 84.973 exemplaires, elle représente la période de transition entre l’ère Fiat et la période des premières « vraies » Seat, avec l’Ibiza, débarrassée de tout lien avec la firme italienne. De cette époque d’attente de l’Ibiza, la Fura ne fut pas la seule à être revisitée, on notera que la Seat Panda devient Marbella; la Seat Ritmo s’appelle désormais Seat Ronda. Cette dernière fut même la cause d’un procès entre les deux firmes, Fiat accusant Seat de « contrefaçon » , sans obtenir gain de cause ! Seat gagne, car au vu des accords de rupture avec Fiat, la marque espagnole devait modifier au minimum 25% de chaque modèle pour éviter de s’attirer les foudres de la firme de Turin. Alors pour cet article, zoom sur la Fura

              Pour bien comprendre le pourquoi du comment de la Seat Fura, il faut se replonger un peu dans l’histoire de Seat, ainsi que du modèle 127 ! La marque Seat nait au tout début des années 1950 par la volonté du gouvernement de Franco, désireux de doter l’Espagne d’une force industrielle dans le secteur automobile. Mais au lieu de partir d’une feuille blanche, le choix est fait de s’allier avec un autre constructeur, lequel devant fournir à la nouvelle société l’outillage, le savoir faire et des licences afin de produire des véhicules. Et c’est Fiat qui remporta le « marché », et ce pour des raisons simples : Fiat produisait des petites voitures, dont la Fiat 600, qui semblait la plus adaptée à mettre l’Espagne sur roues ! Petit à petit, Seat rencontrant un important succès en Espagne, se trouve en capacité de renouveler sa gamme au fil des nouveautés chez Fiat, mais aussi de proposer des véhicules plus élevé en gamme. Ainsi, fut produit la Seat 850, elle-même remplacée par la Seat 127 en même temps que ce changement était opéré chez Fiat.

           C’est donc en Avril 1971 que la Seat 127 est lancée, lors d’une présentation à la presse se déroulant sur l’ile de Lanzarote, au cours du salon de Barcelone, soit quelques jours à peine après que la Fiat 127 ne soit dévoilée ! Pour Seat, tout comme Fiat, la 127 marque un bond en avant, avec l’adoption de nouvelles technologies : traction avant, moteur transversal, suspensions à quatre roues indépendantes … Côté moteur, la Seat 127 reprend l’ensemble moteur-boite conçu pour l’Autobianchi A112 et la Fiat 128, soit un quatre cylindres en ligne de 903cm3 développant 40Cv. La production ne démarra qu’en Avril 1972, et tout de suite, la voiture attire les joies des espagnols. En effet, cette voiture de milieu de gamme était disponible pour de nombreuses familles du fait de l’augmentation du pouvoir d’achat; mais surtout, elle répondait au souhait de ces dernières de disposer d’une voiture qui soit à la fois polyvalente et spacieuse. Et force est de constater que la Seat 127 répondait aux attentes des espagnols, puisque ce n’est pas moins de 1.345.203 exemplaires qui seront produit jusqu’en 1981, dont les derniers exemplaires furent écoulés en 1982 ! Puis à partir de 1981, la Seat 127 cède sa place à la Seat Fura pour les raisons évoquées plus haut…

            Extérieurement, la Seat Fura ressemble à deux gouttes d’eau à une Fiat/Seat 127. Cependant, en y regardant de plus près, un grand nombre d’éléments sont spécifiques, comme le capot qui adopte un léger bossage; les optiques avants et arrières, tout comme les clignotants dont les dimensions sont spécifiques à la petite Seat; les répétiteurs de clignotant sur les ailes; la calandre qui bien sur est propre à la Fura; les vitres avants sans déflecteurs … Plus on y regarde, plus on pourrait jouer aux jeux des erreurs entre la Seat Fura et la Fiat 127 … D’ailleurs, les ingénieurs de chez Seat sont allé loin, en décalant le moteur de 5mm vers la droite comparé à la Fiat 127, ce qui fait que les cardans sont spécifiques à la Fura !

            Avec la Fura, tout comme les autres modèles revisités (Marbella, Ronda), Seat s’ouvrait les portes de l’Europe, mais le problème pour la marque hispanique, c’était que Fiat y été déjà implanté ! Dans ces conditions, difficile de se faire une place, d’autant plus que Fiat disposait déjà d’une certaine image, bien que la marque italienne sortait d’une crise dont elle commençait tout juste à se relever. Quant à Seat, la conquête de l’Europe était vitale pour elle, car depuis l’ouverture du marché automobile espagnol aux marques étrangères, Seat perdait inexorablement des parts de marchés.

               Pour se démarquer de la concurrence, et notamment le fait que la Fura était une voiture ancienne (Fiat commençait à remplacer sa 127 par l’Uno), Seat mise sur l’équipement et la finition, le tout étant très bon marché. Ainsi, la Fura se décline en plusieurs versions (L, CL, GL), sans oublier une anecdotique versions sportive nommée « Chrono »; mais c’est bien la version GL qui remportait le plus de succès, et pour cause, celle-ci se classait dans les voitures les mieux équipées de sa catégorie, avec, entre autre, un compte-tour, des vitres teintées, une montre digitale et j’en passe; le tout pour un prix défiant une grande partie de la concurrence. Dans ses autres versions (L et CL), la Fura paraissait plus dépouillée, mais le minimum nécessaire à la conduite tout en ayant un minimum d’agrément était présent.

                 Ainsi, en dépit de ses lignes venant d’une autre époque, la Fura était une voiture relativement silencieuse et transportait ses passagers dans un confort relativement bon pour les années 1980, notamment pour une citadine ! En revanche, le moteur âgé lui aussi d’une bonne décennie, du haut de ses modestes 40Cv, a du mal a lutter côté performances avec les rivales du segment, et ceux que la boite soit longue (4Cv) ou courte (5Cv). La Fura se traîne un peu en dehors de la ville, consomme aussi, il ne faut pas espérer descendre sous les 7 litres au cent ! Côté performances, la vitesse maximale est donnée pour 130km/h, le 0-100km/ en 19,6 secondes … on l’a compris, la Fura n’est pas sportive pour un