Jeep Cherokee XJ (1984-1998)

         Présenté en 1984, le Jeep Cherokee XJ révolutionne l’image ringarde du constructeur américain qui, sous la tutelle de Renault, a opéré un important changement dans sa stratégie. La Cherokee obtient un important succès commercial au cours de sa longue carrière avec plus de deux millions d’unités écoulées… 

               En 1979, le constructeur Renault monte au capital d’AMC, le quatrième constructeur américain. Ce dernier possède, entre autres, la marque automobile Jeep bien connue pour son utilisation massive au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Le constructeur américain de véhicules tout-terrain est plutôt en mauvaise posture, comme le groupe AMC d’ailleurs. Mais le service commercial de Renault prend rapidement conscience de la pépite qui vient de tomber dans son escarcelle, d’autant que la Régie Renault ne dispose pas de véritable véhicule tout-terrain dans sa gamme. Il s’agit là d’un mal français, aucun des grands constructeurs n’ayant une véritable offre quatre roues motrices, souvent délaissés au profit d’artisans œuvrant parfois pour le compte de ces marques (Sinpar pour Renault, Dangel pour Peugeot…). Avec Jeep, Renault pense qu’il y a quelque chose à faire et, contrairement à AMC qui va voir sa gamme se réduire au profit des « Renault américanisées », va investir dans ce constructeur.

           Pour l’instant, à la fin des années 1970, Jeep a perdu de sa superbe avec un catalogue vieillisant et des moteurs gloutons peu adaptés aux crises pétrolières des années 1970. La gamme débute avec la CJ, une version « chic » de la Jeep militaire mais qui ne perd pas pour autant ses capacités de franchissement, puis on passe au duo Cherokee/Wagoneer, un gros véhicule qui allie tout terrain et un volume intérieur spacieux. Le segment est largement entré dans les mœurs du consommateur américain et devient lucratif, on y trouve entre autre le Ford Bronco, le Dodge Ramcharger ou le Chevrolet Suburban. Pour relancer la machine, une équipe française est envoyée par Renault pour reprendre la main sur AMC, deux hauts responsables, François Castaing et Philippe Ventre comprennent rapidement le travail à entreprendre chez Jeep pour réussir tant au niveau américain que mondial: concevoir un véhicule tout-terrain plus universel que les actuels Cherokee/Wagoneer.

                     Les équipes de Jeep et de Renault se mettent au travail pour présenter à l’automne 1983 le Cherokee XJ. Clairement, la voiture se veut plus européenne que ses prédécesseurs, outre ses dimensions et son poids plus contenus, la Cherokee XJ adopte la caisse monocoque (les anciennes Jeep en étaient encore au châssis séparé) ce qui bénéficie tant au poids qu’à la rigidité de l’ensemble. C’est pareil côté moteur, en lieu et place des big-bloc, le Cherokee XJ embarque au mieux un six cylindres de 2,8 litres disponible sur option (et fourni par Buick), le moteur standard du modèle et confié à un « modeste » quatre cylindres en ligne de 2,5 litres. Bref, la Cherokee XJ semble réussir l’impossible grand écart entre une voiture américaine et européenne, on peut imaginer la nouvelle venue aussi bien à l’aise sur une highway américaine que dans les rues des villes européennes.

                 Avec sa taille intermédiaire, il se positionne habilement entre la CJ et le Wagoneer et s’offre en véritable alternative aux tout-terrains japonais qui séduisaient une clientèle plus large d’année en année. Et le Cherokee offre deux variantes de carrosserie, une version familiale à  cinq portes et une version à trois portes. Bref, le Cherokee trouve rapidement sa clientèle aux Etats-Unis, et trouve rapidement le Vieux Continent où elle fut commercialisé en France, par l’intermédiaire du réseau Renault, à partir de 1984, et l’année suivante dans d’autres pays européens. De ce côté de l’Atlantique, Renault décide de troquer les moteurs américains contre ses propres moteurs , on va retrouver sous le capot le  turbo-diesel 2,1 litres de 88 chevaux. C’est un peu juste pour les 1400kg de la voiture, surtout en tout-terrain ou à pleine charge. En France, le Cherokee resta un produit de niche et les ventes restent timides, quelques certaines d’exemplaires par an tout au plus.

                    En 1985, le Cherokee se décline en version pick-up aux Etats-Unis, le Comanche. Jusqu’en 1988, le Cherokee enchaine les bonnes années, 1988 voit le record de production annuel avec 207.000 unités sorties d’usines. Pour le millésime 1988, le Cherokee monte en gamme et offre de série la centralisation des portières et les vitres électriques, la version trois portes gagnant de nouvelles jantes alu et une galerie de toit. Entre temps, la Cherokee XJ devient une voiture monde, sa production sera faite en Amérique Latine (Vénézuela et Argentine), en Egypte et même en Chine.

                     Hélas, si les choses vont bien chez Jeep, ce n’est pas le cas chez Renault. L’entreprise française s’est fortement endettée dans une série d’investissements hasardeux, les ventes en Europe se tassent et la fiabilité des produits Renault est plus qu’aléatoire. L’assassinat de Georges Besse est un tournant pour le constructeur, son successeur, Raymond Levy, décide de couper les branches mortes ou sans avenir. Le groupe AMC en fait partie, et Chrysler se montre intéressé – justement pour la marque Jeep – et l’accord est conclu en 1988. Renault conserve néanmoins la commercialisation et l’après-vente des Jeep en Europe pendant cinq ans.

                  Le Cherokee continue son bonhomme de chemin, le modèle approche de la décennie au début des années 1990 mais les ventes se tiennent. Pour Chrysler, il n’est pas urgent de lancer l’étude d’un remplaçant, autant laisser vivre le Cherokee qui marche et qui permet d’amortir le rachat auprès de Renault. Si la période de distribution par Renault arrive à son terme en 1992, Chrysler reprend à son compte la distribution de la Jeep sur le vieux continent et continue à le vendre avec des moteurs d’origine Renault. Ce n’est qu’à partir de 1995 que l’ère Renault est effacée, Chrysler trouvant un accord avec l’italien VM pour se fournir en moteur Diesel, avec une puissance de 115Ch désormais. Malgré les défauts connus du moteur VM, les ventes connaissent en léger rebond, mais le Cherokee commence à faire son âge.

                   C’est aussi le cas dans son pays natal, le Cherokee XJ est devenu une valeur sûre chez l’oncle Sam et se maintient à 120.000 ventes annuelles pendant la seconde partie des années 1990. Il est inutile d’espérer un retour aux chiffres de la fin des années 1980, le modèle est trop âgé, c’est à ce moment que Jeep lance l’étude d’un remplaçant. En attendant sa mise au point, le Cherokee XJ connait un restylage pour le millésime 1997 qui va légèrement moderniser ses lignes, sans les chambouler : pare-chocs et protections latérales redessinés, calandre à sept barres (au lieu de huit), … Jeep en profite pour revoir l’intérieur et son tableau de bord qui s’équipe d’airbag pour le conducteur et son passager. Le Cherokee continua sa carrière ainsi jusqu’en 2001, Jeep animant son modèle par de petites modifications apportées chaque année, et surtout, une politique de séries spéciales. 2001, Jeep dévoile le Cherokee KJ, le XJ démarre alors sa retraite après une belle et longue carrière.

2 réflexions sur « Jeep Cherokee XJ (1984-1998) »

  1. Si quand j’étais plus jeune, j’espérais un jour pouvoir me payer une Delorean, emblème des années 80s qui me faisait rêver malgré sa panoplie de problème, je n’aurais jamais imaginé faire mon premier crédit auto à 23 ans en juillet dernier pour m’acheter un Cherokee XJ ! (modèle sport cinq portes 2.5i de 1994)

    C’est en en croisant un un jour que j’ai entamé quelques recherches, et que je me suis laissé séduire par ce design. Littéralement increvable, fiable dans l’ensemble (excepté quelques soucis électriques…) et présentant une sacrée gueule, je n’ai jamais autant pris de plaisir à conduire. J’espère le faire durer longtemps, et peut-être un jour me payer un Limited 4.0i histoire de pousser le délire au maximum..

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