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Matra-Simca-Talbot Rancho (1977-1984)

           Nous sommes à la fin des années 1970, après les heures de crise pétrolière, le paysage de l’industrie automobile française est totalement redessiné avec les fusions acquisitions. Mais aussi, à cette époque où Simca travaillait avec Matra, cette petite entreprise met en avant son potentiel d’innovation pour lancer une voiture de loisirs : la Rancho !

Matra-simca Rancho (5)

             A cette époque, Simca était dans le trio de tête des constructeur français avec une gamme vieillissante si l’on excepte la 1307 et la Bagherra développée avec Matra. La collaboration entre la division automobile de Matra et Simca débuta en 1969 par l’initiative de la maison mère Chrysler qui souhaitait commercialiser des voitures de sport dans sa gamme, ceci s’effectue par le biais d’une participation de Simca dans Matra. Ceci permet également aux Matra de trouver un réseau de distribution national, voir européen, car Simca les commercialisa dans ses concessions.

                Mais Matra ne souhaite pas se cantonner aux voitures sportives après le choc pétrolier, d’autant que son bureau d’études est un véritable terreau d’innovation et se lance sur divers projets. L’une des idées d’alors est de commercialiser une voiture de loisir, sans pour autant tomber dans la catégorie des Méhari ou autres Renault Rodéo… Cependant, le budget de Matra est limité et ne permet pas d’importants coûts de développement pour une voiture « innovante ».

Matra-simca Rancho (2)

             Heureusement, l’allié Simca est là avec sa banque d’organes, ce qui permet à Matra de récupérer la base de l’utilitaire 1100VF, de lui greffer le moteur 1.448cm3 de la 1308, quelques éléments de la 1100TI, et un module arrière inventé par Matra. Celui-ci est réalisé en matériaux synthétiques sur une armature d’acier et laisse la part belle aux vitrages, ainsi qu’au volume dans l’habitacle. Et pour parfaire la présentation de cette voiture, un look de baroudeuse avec de gros plastiques noirs; le dessin de cette voiture est l’œuvre d’Antoine Volanis.

               Présentée au salon de Genève 1977, la voiture attire les regards par son côté décalé. La Rancho se la joue baroudeuse et invite à découvrir de nouveaux chemins, quant à sa partie arrière surélevée et vitrée, elle apporte de la fraicheur dans un marché trop frileux… Mais le public tout comme la presse ne se fait pas d’illusions sur la commercialisation de cette voiture, trop décalée, pas assez discrète… Matra le sait également et lance ce produit avec l’objectif d’atteindre 20.000 exemplaires sur la carrière du Rancho.

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             La commercialisation débute quelques mois plus tard, une seule version est disponible avec le quatre cylindres de 1.442cm3 qui développe 80cv, accolé à une boite à quatre rapports. De série, la Matra Rancho s’équipe de phares à iode, d’un pare-brise feuilleté, d’un crochet d’attelage et d’un dégivrage sur la lunette arrière équipée aussi d’un essuie-glace. Quant à l’habitacle, les appuie-tête sont de série sur les fauteuils avant ! Bref, une voiture qui semble bien équipée pour son temps; et qui sait se remarquer avec des teintes flashy : rouge, vert ou beige.

              En 1979, peu d’évolutions à noter si ce n’est la perte du crochet d’attelage et l’arrivée de deux nouvelles teintes (un vert et un bleu). C’est surtout l’arrivée de la version Rancho Grand Raid qui se remarque avec sa finition axée sur le tout terrain : roue de secours sur le toit, phares d’ailes, vitres teintées… Et un moteur dégonflé à 78Cv pour accepter un carburant de qualité ordinaire.

              Pour le millésime 1980, Simca devient Talbot suite à son rachat par Peugeot, c’est donc logiquement cette marque que l’on retrouve sur le capot. La version Grand Raid est renouvelée et apparaît le Rancho X avec sa finition plus luxueuse avec entre autres, des jantes en alliage, un intérieur en tweed, compte tour et voltmètre, vitres teintées…

             Pour viser un public plus large, deux nouvelles versions viennent enrichir le catalogue en 1981, le Rancho découvrable et la Rancho AS (pour Affaire et Société) qui est une voiture commerciale dépourvue de banquette arrière pour bénéficier d’une TVA réduite. Hélas, les deux modèles ne trouvent pas leur clientèle et sont abandonné l’année suivante, en même temps que s’arrête la Rancho Grand Raid.

               L’année 1983 fut la dernière année de production du Rancho, avec la spécificité d’avoir un allumage électronique intégral. La production cesse en Octobre 1983 après 56.457 exemplaires, la commercialisation du Rancho perdure toutefois jusqu’en Mai 1984 pour écouler les stocks…

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                Plus de 55.000 exemplaires, Matra a multiplié par deux ses objectifs de ventes, mais cela aurait sans doute pu être mieux en dotant la Rancho d’une boite à cinq rapports qui a toujours été réclamée par la clientèle. Aussi, l’accès aux places arrières n’était pas des plus simple et sur ce point, la voiture a sans doute loupé sa vocation familiale et quelques ventes en plus. Mais bon, avec des « si », on referait le monde !

              A noter que la Rancho n’a jamais proposé de transmission intégrale malgré une demande, là encore, d’une partie de la clientèle. A cette époque, le marché du 4×4, c’était le Toyota BJ ou le Land-Rover, des véhicules peu accessibles pour toutes les bourses. Dans le même temps, la Méhari 4×4 arrive en 1979, le Lada Niva en 1978, sans oublier l’offre française des Cournil. Mais le marché était trop étriqué pour envisager la transmission intégrale sur le Rancho, malgré deux prototypes réalisés par Matra; deux essais peu concluants du fait de l’implantation de la mécanique et sa hauteur de garde au sol.

               Mais la Matra Rancho, c’est le prémices des véhicules polyvalents, des véhicules qui mêlent plusieurs aspects : familial, utilitaire, un brin « crapahuteur »… Cela ouvre la voie chez Simca au monospace avec, comme on le sait, la naissance de l’Espace. Et la Rancho n’est peut-être pas anodine à la naissance de ce véhicule qui fera date dans l’histoire…

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