Peugeot 301 Delphine (1935)

             Ce n’est pas pour rien que l’entreprise Yacco prend le slogan de « l’Huile des records ». La célèbre marque de lubrifiants se fait connaitre avec de nombreuses tentatives de records prouvant la qualité de ses produits. Si on retient l’épopée des Rosalie Citroën, Yacco se tourne en 1935 vers Peugeot pour  une nouvelle salve de records avec la 301 Delphine… 

                    Dans l’immédiat de l’après Première Guerre Mondiale, l’outil industriel français doit se reconvertir dans des productions civiles après avoir tourné à plein régime pour les besoins de l’armée. La tâche est difficile puisque les commandes militaires cessent quasiment du jour au lendemain, et il faut trouver de nouvelles opportunités civiles. Chez Hispano-Suiza, on revient logiquement à la production d’automobiles comme c’était le cas avant-guerre, mais on espère se diversifier dans l’aéronautique avec l’expérience acquise pendant la Guerre. Les administrateurs de l’entreprise vont également créer une filiale qui se consacre à la mise au point et la production de machines-outils. La société OMO (pour pour Outillage et Machines-Outils) est fondée en 1920, avec à sa tête Jean Georges Dintilhac.

                   Les débuts d’OMO sont difficiles, l’entreprise arrive sur un marché et doit se faire connaitre de la clientèle, à une époque où les firmes déjà implantées étaient au bord de la faillite et se livraient une féroce concurrence pour survivre. En revanche, il y a un segment sur lequel l’OMO peut tirer son épingle du jeu : la fourniture de lubrifiants. Jean Georges Dintillac avait flairé ce marché et déposé les marques Yaccolines (novembre 1919) puis Yacco (août 1920), et l’affaire marche, entre les besoins liés à l’essor de l’automobile et la nécessité pour Hispano-Suiza d’obtenir des huiles de qualité pour ses moteurs d’avions. En 1923, Yacco s’expose au salon de l’Automobile de Paris et sponsorise la marque Salmson, l’entreprise débute une irrésistible ascension et courtise les constructeurs automobile.

                  Jean Georges Dintilhac comprend rapidement que pour se faire adopter par les grands constructeurs que par le grand public, il faut communiquer. Prouver que les produits Yacco sont les meilleurs. Dès 1925, l’entreprise organise des records du monde sur l’autodrome de Montlhéry, initialement avec des voitures Voisin. Au début des années 1930, c’est avec des automobiles Citroën que Yacco continue de rafler des records, la lignée des Rosalies des Records débutait. Il s’agissait surtout pour Yacco de séduire Citroën et déloger Mobiloil qui fournissait le constructeur au double chevrons. Si l’aventure est belle, les problèmes financiers de Citroën s’accentuent courant 1934 et mènent le constructeur à la faillite.

La Peugeot 301

            Dans le marasme économique du début des années 1930, Peugeot présente la 301. Il s’agit de surfer sur le succès de la populaire 201 et monter petit à petit en gamme… [En savoir plus…]

                  C’est ainsi que Yacco doit donc trouver un nouveau constructeur et se tourne vers Peugeot. Le constructeur de lubrifiants achète un châssis de Peugeot 301 avec son moteur d’origine, un quatre cylindres en ligne de 1.465cm3 développant 37Ch. La voiture est envoyée dans les ateliers de César Marchand, l’homme des records, qui œuvra aux côtés de Yacco depuis les débuts de l’épopée avec Voisin. Pilote et préparateur, César Marchand habille la 301 tout en conservant l’identité de la marque Peugeot. Pour les records visés avec la Peugeot, ce n’est pas sur piste que la voiture évoluera, mais sur route ouverte : il s’agit de prouver la qualité des huiles Yacco sur route, en conditions réelle.

              Nommée « Peugeot 301 Delphine », cette voiture reprend un radiateur plat d’une 301 de 1932 et non le radiateur coupe-vent des 301 commercialisées en 1935. La carrosserie installée est créée sur mesure, il s’agit d’un roadster sans portes mais avec un pare-brise, capote et ailes allégées. Cette carrosserie permet à la voiture d’avoir une vitesse de pointe entre 105 et 110km/h. Aussi, comme on prévoit de rouler sur route, la voiture s’équipe de deux roues de secours boulonnées sur la poupe. Le moteur, lui, reste dans sa configuration d’origine. Pour le record, on s’interdit toute réparation qui ne serait pas de l’entretien courant.

                      Le record justement, il s’agit de parcourir 100.000km à la vitesse moyenne de 60km/h, règle fixée par l’ACF pour la catégorie des voitures de 1.500cm3. C’est à l’ACF que revient le rôle de juge pour attester du record, les arrêts au sein des concessions Peugeot sont scrutés car ne sont autorisés que les opérations courantes d’entretien. A cette fin, un commissaire de l’ACF prend place aux côtés de César Marchand qui tient le volant. Le 2 juillet 1935, la voiture s’élance, l’objectif est de parcourir 1.400km par jour, principalement le long des nationales françaises. 

            Le 7 Août 1935, la 301 Delphine avait déjà parcouru 50.000km, elle termine son périple le 11 Septembre sans n’avoir jamais connu d‘incident mécanique, à la grande satisfaction des acteurs de ce record. Pour parfaire ce record, la voiture rejoint le circuit de Montlhéry le 12 septembre 1935, on lui enlève ses ailes, ses principaux phares, et sans aucune révision mécanique importante, la voiture s‘élance pour un galop de 10.000km. Quatre pilotes sont appelés : César Marchand, Fortin, Bodécot et de Présalé qui se relayent toutes les quatre heures. Une mission qu‘elle effectua en quatre jours à 102km/h de moyenne en empochant au passage neuf records de catégorie.

Les records de la 301 Delphine

– 4.000 km en 39 h 01m 32s : moyenne 102,496 km/h
– 5.000 km en 48 h 42 m 36s : moyenne 102,648 km/h
– 10.000km en 97 h 19 m 00s : moyenne 102,757 km/h
– 3.000 miles en 47 h 02 m 12 s : 102,643km/h
– 4.000 miles en 62 h 36 m 31 s : moyenne 102,818km/h
– 5.000 miles en 75h 14 m 34 s : moyenne : 102,842 km/h
– 4.2925,823km parcourus en 48 heures : moyenne 102,621 km/h
– 7.396,607 km parcourus en 72 heures: moyenne 102,731 km/h
– 9.875,536km parcourus en 96 heures : moyenne 102,870 km/h

Sources :
L’Auto-Vélo : éditions du 04 juillet 1935, des 13, 14, 15, 16 et 17 septembre 1935, du 08 octobre 1935,
Vidéo Yacco : La Delphine et les records routiers

3 réflexions sur « Peugeot 301 Delphine (1935) »

  1. Bonjour
    Je possède une photo de cette voiture stationnée au garage Peugeot de mon oncle à Bolbec 76. En faisant des recherches j’ai enfin trouvé l’histoire de cette photo.

    1. Bonjour Marie Laure,
      Je fait des recherches sur cette voiture, je serais intéressé de voir votre photo. Pouvez vous me l’envoyer ?
      Merci,
      Arthur Bonnefoy

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