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Lamborghini Urraco (1972-1979)

              En 1970, Lamborghini est encore une marque naissante et la santé financière de la jeune entreprise n’est pas encore assurée. Si la marque sait attirer une clientèle avec la Miura ou encore l’Espada, son modèle d’entrée de gamme, l’Islero, fut un échec. C’est pourquoi Lamborghini mise en 1970 sur une nouvelle voiture, l’Urraco !

Lamborghini Urraco P250 (4)

               L’histoire raconte que Ferrucio Lamborghini, fabriquant de matériel agricole et grand amateur de voitures sportives, propriétaire de nombreuses Ferrari, fut déçu par ces dernières et une dispute avec Enzo Ferrari le conduit à créer sa propre marque. Les débuts de son activité de construction de voitures de sport fut hésitant, la commercialisation débute en 1964 avec des voitures encore trop sages. Il faut attendre 1966 et l’arrivée de la Miura pour voir Lamborghini s’exprimer pour devenir un véritable rival à Ferrari. Cependant, du côté des voitures d’entrée de gamme, les 350GT, 400GT puis Islero ne se vendent qu’à quelques centaines d’unités seulement.

                  Malgré tout, Ferrucio Lamborghini parvient à maintenir l’autonomie de son entreprise grâce à deux modèles, la Miura et ses performances hors du commun pour son temps (350Cv développé par un V12 de 3,9 litres, 280km/h….) et l’Espada avec sa ligne bien trempée. Avec ces deux voitures, l’usine Lamborghini tourne à plein régime, mais le constructeur souhaite viser une clientèle plus large et développe l’Urraco afin d’arriver sur le créneau très porteur des Porsche 911 mais aussi viser le marché américain très demandeur de ces sportives bon marché. L’objectif est clair, la réussite du modèle est nécessaire pour alimenter les caisses de Lamborghini.

               Pour cette raison, Lamborghini investit énormément sur le projet Urraco, pour la carrosserie, c’est l’entreprise Bertone qui est mandaté avec à sa tête la star de l’époque, Marcello Gandini, lequel avait œuvré sur la Miura et l’Espada; le choix était donc tout naturel. Ce dernier crée une carrosserie coupé 2+2 aux lignes très tirées mais formant un ensemble très fluide. Cette carrosserie fut réalisée en acier puis est visée sur la plate forme de la voiture, crée elle aussi en acier. Le moteur se situe en position centrale arrière, d’importantes aérations en plastique soulignent la ligne de la voiture derrière les vitres arrières. Le capot se voit également transpercé par des aérations aux dimensions surprenantes, leur but : évacuer la chaleur du radiateur.

Lamborghini Urraco (2)

                Quant au moteur, Lamborghini opte pour un V8 de 2,4 litres de cylindrée qui développe 220Cv, un moteur choisi pour des considérations économiques car plus facile à entretenir que le V12 Bizzarrini, et surtout, le V8 peut facilement s’adapter aux normes américaines. Dans sa première version, le V8 est alimenté par quatre carburateurs Weber et côté performances, on annonce 6,6 secondes pour le 0-100km/h, 230km/h en vitesse maximale. De quoi aller titiller la Porsche 911 S 2.4L ! Et Lamborghini travaille sur l’agrément de conduite et la liaison au sol pour faire de l’Urraco une voiture plus agile que sa concurrente.

Lamborghini Urraco (1)

                 L’habitacle fut également l’œuvre du styliste Gandini qui signe une console avec, de chaque côté du volant, le compte tour et le tachymètre. L’ergonomie n’est pas des mieux pensées, d’autant que le volant à quatre branche à tendance à masquer les divers compteurs qui se situent derrière ce dernier. Mais d’apparence moins austère que la 911, l’intérieur de l’Urraco à de quoi attirer une clientèle pointilleuse. Hélas, mais sportive oblige, l’espace de chargement est réduit à son strict minimum : le coffre avant se voit envahi par une roue de secours et une batterie. Quant aux passagers arrière, la place leur est comptée mais, s’ils veulent se contorsionner, ils peuvent admirer le V8 à travers une vitre.

Lamborghini Urraco P100 (1)

                  Finalement présentée au public lors du salon de Turin se tenant à l’automne 1970, la Lamborghini Urraco sait se faire admirer par le public et engrange quelques précommandes qui laissent présager d’un bon avenir commercial pour le modèle. Hélas, la mise au point de la voiture est plus complexe de prévue et de nombreux mois sont nécessaires, la mise en production n’intervient seulement qu’en 1972. Entre temps, nombre de précommandes ont été annulées, et la première année de production voit environ 250 unités livrées, le quart seulement des objectifs annuels.

Lamborghini Urraco P250 (5)

                 Pire encore, les premiers exemplaires vont souffrir de nombreux maux avec, entre autres, des problèmes sur les courroies, la transmission et les suspensions. Ces déboires coûtent cher à Lamborghini qui doit les reprendre en garantie mais aussi lancer des études pour y remédier sur les exemplaires suivants, et sur le plan de l’image, cette fiabilité relative freine la commercialisation du modèle.

                  Les problèmes de Lamborghini auraient pu s’arrêter là, toutefois, la crise pétrolière frappe le monde et jette le trouble sur le secteur des voitures sportives, les ventes chutent et voilà Lamborghini proche de la faillite. En 1974, Ferrucio Lamborghini quitte l’entreprise qu’il avait crée, la laissant à des propriétaires suisses. Ces derniers laissent les ingénieurs en place développer le potentiel commercial de l’Urraco et sortent la version P250, laquelle fut un flop commercial.

Lamborghini Urraco (3)

              De ce premier échec nait l’Urraco P300 avec son moteur porté à 3.0 litres de cylindrée, l’alimentation est améliorée pour qu’au final, le moteur développe 265Cv, ce qui permet d’obtenir quelques gains sur les performances : 246km/h, 6,1 secondes pour le 0-100km/h. La ligne de la voiture est également légèrement corrigée par Bertone au niveau du positionnement des phares. Présentée à la fin de l’année 1974, l’Urraco P300 connu elle aussi un départ difficile mais ses performances la mettent au niveau des Ferrari 308 GT4 et autres Maserati Merak. Toutefois, sa finition et sa fiabilité restent en dessous de ces rivales. Restée quatre années à la vente, c’est 205 exemplaires qui furent écoulés.

                     Au final, la Lamborghini Urraco qui devait permettre à Lamborghini d’améliorer sa trésorerie conduira la marque à une période difficile, son fondateur quitta le navire et quatre ans plus tard, la marque est encore au bord du gouffre et mise sous administration judiciaire. Certes, si l’Urraco fut un échec, c’est en grande partie à cause de la crise pétrolière des années 1970 mais aussi, la voiture n’a pas été mise au point dans le délai imparti et de manière convenable. Pire encore, le V8 avait été choisi car pouvant s’accommoder aux normes américaines, la pratique fut bien pire car la version dépolluée n’affichait qu’un maigre 180Cv et c’est seulement une poignée d’exemplaires qui se sont vendu sur le marché nord américain.

               Commercialisée entre 1972 et 1979, la Lamborghini Urraco fut produite à 776 exemplaires. Bien loin de la prévision initiale de 1.000 exemplaires par an…Destin tragique pour une voiture pourtant dotée de qualités, mais arrivée au mauvais moment avec quelques défauts qui lui couperont l’herbe sous le pied.

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