Jidé 1300 et 1600 (1969-1974)

           La Jidé est la plus belle réussite de Jacques Durand, une voiture de sport artisanale mais d’une efficacité certaine, capable de rivaliser avec les Alpine en termes de performances. Malheureusement, la crise pétrolière a eu raison de cette sportive française… 

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           Jacques Durand est un passionné d’automobiles que l’on retrouve sur nombre de projets de voitures artisanales à partir des années 1950. Fabriquant à ses débuts des moteurs à essence miniatures pour modèles réduits, il s’intéresse ensuite à la carrosserie pour commercialiser ses propres voitures miniatures. C’est à cette occasion qu’il découvre le polyester dont la facilité d’utilisation lui fait penser qu’il peut désormais se lancer dans la fabrication d’une véritable automobile. Sa première berlinette, l’Atla, réalisée avec Jean Schwab, est présentée en 1958 mais ne fut pas couverte de succès (12 exemplaires), elle s’était toutefois démarquée avec ses portes papillon. L’Atla était suivie par la Sera, un roadster à moteur Panhard qui ne connait guère plus le succès, il  part ensuite chez Arista, puis en Espagne avant d’atterrir chez Sovam, où il participe à l’élaboration de la Sovam 850. Cette dernière, développée en 1965 sur une base de Renault 4 connait un succès d’estime mais sa conception limite ses possibilités en compétition et ne peut tenir la dragée haute aux Alpine et autres Matra. En 1968, sa production cesse et Jacques Durand quitte la SOVAM.

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            Dès lors, Jacques Durand retrouve sa liberté et se lance dans la conception d’une nouvelle voiture, il souhaite une petite sportive et s’inspire de la Ford GT40, lauréate qui a marqué la décennie par ses victoires en endurance. Ainsi nait la Jidé (Un nom rappelant les initiales de son concepteur),  un petit coupé dont les lignes transpirent le sport automobile. L’entreprise est situé à Chatillon sur Thouet dans les Deux-Sèvres. Cette voiture est conçue autour d’un châssis-poutre sur lequel on greffe une carrosserie maison et des pièces issues de la grande série, avec entre autres : train avant de Renault 8 Gordini avec un système de réglage du carrossage provenant de chez Dangel, un train arrière de Renault 12, freinage à disque de Renault 16 TS sur les roues avant, phares de Matra 530 et feux issus de la Renault 8, pare-brise issu de la Renault Floride…

              Pour le moteur, Jacques Durand va à l’efficacité et adopte le Cléon 1300 de la Renault 8 Gordini, une solution de facilité aussi puisqu’il rachète ses premiers moteurs auprès de la SOVAM, il loge cette mécanique en position centrale arrière qui nécessite d’inverser la boite de vitesses à l’instar de ce qu’il se faisait en Formule Renault. Avec une puissance de 88Ch, la Jidé affiche un 202km/h en vitesse de pointe, un 1.000 mètres parcourut en trente secondes, des performances qui place la Jidé devant l’Alpine A110 1300 V85, preuve encore que la copie rendue par Jacques Durand est bonne.

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                 Le châssis de la Jidé est très rigide et s’avère également très maniable, notamment grâce à son empattement de 2,24m qui permet de placer les roues aux quatre coins de la voiture. Le châsis est noyé dans la résine pour recevoir une carrosserie en polyester qui est très base, son point culminant s’établit à 102cm. La Jidé est plutôt courte (3,59cm) mais large (1,56cm), elle  affiche un poids léger entre 600 et 700kg ce qui permet d’en faire un véritable kart. La première Jidé, portant le numéro de châssis 101, est terminée à la fin de l’année 1968, et vendue à l’un des voisins de Jacques Durand. La seconde Jidé est assemblée en 1969 et sert de voiture personnelle à son créateur, le troisième exemplaire est vendu sous forme de kit au profit de Monsieur Pierre Madeleine, un important partenaire des débuts de Jidé (l’homme était concessionnaire de Sovam), qui l’équipe d’un moteur de Renault 8 Gordini porté à 108Ch et l’engage au Tour de France Automobile 1969 avec Patrick Champin. La voiture abandonne dans la première étape. Il s’agit des débuts de Jidé en compétition automobile, si Jacques Durand n’a pas les moyens de faire naître un service compétition officiel, il n’hésita pas à prêter ses voitures à des pilotes, charge à eux de payer les frais d’engagement.

Jide kit (1)

           Petit à petit, les Jidé obtiennent une visibilité, la voiture est présentée lors du premier salon de la voiture de Sport, se déroulant à Paris du 21 février au 02 mars 1970, et les commandent commencent à tomber. La Jidé est alors disponible soit sous forme de kit à monter soi-même, moyennant 6.300 francs, elle peut être assemblée (mais sans moteur) par Jidé en échange de 10.000 Francs, voire être livrée avec le moteur de la 8 Gordini à 23.800 Francs, à quelque chose près, le prix d’une Alpine A110 1300 ou d’une CG 1200. Pour commercialiser la voiture complète, la Jidé subit les tests d’homologation de l’UTAC pour lesquels il est nécessaire de détruire deux exemplaires qu’elle passe haut la main. Jidé lance ainsi une production artisanale avec une équipe de dix personnes qui permet de sortir une voiture par semaine. Aussi, pour obtenir des liquidités, Jidé vend la licence de sa voiture pour le Maroc à la société Plastique Technique dont le siège est à Mohammedia, qui assembla neuf unités.

Jide tour de france 1969 (1)

                  En 1972, Jidé fait évoluer son offre, il apparait ainsi la Jidé 1600 qui s’équipe du moteur 1600 de la Renault 16 TS, d’une puissance de 83Ch, et la Jidé 1600 S qui prend le 1.563cm3 de la Renault 12 Gordini, avec 113Ch, cette dernier version s’échange moyennant 26.600 Francs. Enfin, pour les clients en quête d’une voiture de compétition, Jidé lance la 1600 S Compétition avec le 1600 Gordini équipé du kit 807 G (développé par les ingénieurs de Renault-Gordini) qui porte la puissance à 150Ch, la facture de cette version est salée puisqu’il faut s’acquitter de 51.000 Francs. En 1973, les Jidé reçoivent une évolution stylistique : la voiture s’équipe désormais d’un spoiler à l’avant et d’un aileron, les ailes sont légèrement élargies.

             Cette année 1973 est terrible pour Jidé, la marque bénéficie d’une réputation en compétition où les Jidé s’illustrent en rallye ou en course de côte, et alors que le constructeur est en passe de quitter le stade artisanal pour lancer une production à une échelle plus industrielle, la première crise pétrolière survient. Les courses automobiles sont suspendues, les premières limitations de vitesse sont décrétées, et les clients se raréfient. Pour un petit constructeurs aux finances limitées, les difficultés apparaissent rapidement, si bien que Jacques Durand cède son entreprise en 1974 à Michel Baxas qui a le projet de remplacer les moteurs Renault par des Porsche. L’ère Jacques Durand cesse donc après 130 unités produites, quant à Baxas, il ne passe pas le cap de l’exemplaire unique. L’aventure des Jidé continua toutefois sous la marque Scora, énième volet de Jacques Durand, cette fois en terres corréziennes…

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