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01.1

Citroën 2CV AZ – 1958

                 Tout les passionnés de voitures anciennes rêvent de la parfaite sortie de grange, de laquelle renaitra un véhicule parfaitement conservé, présentant juste quelques traces d’usures témoins d’un passé aujourd’hui révolu, et ce que le modèle soit rare ou non. Parmi les voitures où ce genre de pratique est devenu un véritable sport, il y a la Citroën 2CV, et pour cause, cette auto, vendue en priorité aux agriculteurs, a vu nombre d’exemplaires finir leur vie remisés au fond d’un champs, d’un appentis ou d’une grange. Fut un temps où les 2CV remisées jonchaient la campagne, pour le plus grand bonheur des passionnés, mais aussi hélas des ferrailleurs … Aujourd’hui, ce genre de découverte est beaucoup plus rare, mais certains chanceux arrivent encore à en dégoter quelques unes, tel est le cas de cette Citroën 2CV AZ de 1958.

              Dans l’univers des Citroën 2CV à vieux capot, le choix est assez maigre, puisque la mythique type A se fait très rare et dont les modèles s‘échangent à des prix prohibitifs, l’AZ n’est pas plus courante que la précédente, reste plus que l’AZL et l’AZLP, qui elles se retrouvent encore avec un peu de chance. Sans entrer directement avec les spécificités de chacune de ces versions, le grand public à tendance à appeler une « AZ » une 2CV produite entre 1955 et 1960, pourtant, l’AZ est bien spécifique, puisque étant la 2CV « bas de gamme », un cran au dessus de la Type A avec un moteur plus puissant. Sinon, pour le reste, celle-ci se rapprochait de la Type A …

                  Qu’elle est mythique la Citroën 2CV ! Il faut dire que tous les français – ou du moins la très grande majorité – la connaissent, qu’ils soient nés avant ou après l’arrêt de sa commercialisation; en ce sens, la 2CV est une des rares voitures avec la Renault 4 qui arrive à traverser les générations. La clé du succès ? Sans doute son design, très simple, avec rien de superflu, mais qui parle au plus grand nombre.

                  Le pourquoi du comment de la voiture est une longue histoire, de la TPV imaginée par le directoire de Michelin en 1935, aux premiers modèles de série produit quelques semaines avant la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, la faisant entrer dans la seconde guerre mondiale. La TPV est alors mise en sommeil, le projet ressort en secret sous l’occupation, puis concrètement après guerre pour une présentation de la 2CV au salon de l’automobile de Paris 1948. De la naissent les premières critiques qui ne pensent pas que la 2CV puisse avoir une carrière éclatante, la qualifiant de « boite de sardines », mais ces quelques bruits se tairont rapidement, dès lors que les carnets de commandes se remplissent plus vite que la 2CV ne sort des chaînes, obligeant les futurs clients à attendre plusieurs années pour prendre réception du modèle. Le succès est tel que Citroën aurait pu s’endormir sur ses lauriers, laissant les commandes affluer. Mais tel ne fut pas le cas, car la marque aux chevrons avait un objectif, la satisfaction de ses clients, pour cela, il fallait augmenter la production journalière, et pour trouver toujours plus de débouchés, la marque écoute les premiers retours des propriétaires de 2CV ainsi que les souhaits des futurs clients. Tous vont dans le même sens, celui de la puissance qui doit être augmentée, car à 65km/h en ligne droite, la Type A se traine ! Citroën accède à cette demande avec le modèle AZ, présenté en 1954.

                Que dire sur le modèle AZ, peu de chose le différencie extérieurement de la Type A dans ses premiers millésimes, si ce n’est son moteur. Ce dernier évolue et passe à 425cm3, et une puissance de 12Cv. Avec cela, la version AZ peut désormais atteindre le cap des 70km/h, un cap symbolique, car même si l’autre Citroën proposée alors – la Traction – la double avec une facilité déconcertante, cette dernière mettra plus de temps à disparaitre derrière la ligne d’horizon…

                 Lors de l’apparition de la version AZ, la 2CV en profite pour un peu mieux s’équiper, avec des garnitures de portes et de fauteuils que le client peut désormais choisir, Citroën allant jusqu’à la folie de proposer un motif écossais sur ses tissus ! C’est déjà un petit plus, qui a ouvert la porte à une 2CV de luxe dans les années qui suivent, avec la version AZL. Enfin, sur l’AZ, le client pouvait désormais choisir une nouvelle teinte, le gris clair ! là-dessus, Citroën remanie à sa façon la célèbre phrase d’Henry Ford, le client avait donc le choix de la couleur de sa 2CV tant que ça reste du gris, car l’autre teinte proposée est … le gris !

              Penchons-nous sous le capot désormais, nous avons déjà évoqué que la 2CV AZ s’équipait d’un bicylindre de 425cm3, lequel développait 12Cv. Vis-à-vis de la Type A, l’AZ fait un énorme bond en avant, puisque le petit 375cm3 des premières 2CV développait seulement 9CV, et la vitesse maximale était donnée pour 65km/h, une fois la voiture bien lancée sur le plat, par vent favorable; et 75 secondes pour 0-1000 mètres départ arrêté ! Au moins, on prend le temps d’apprécier le paysage à bord d’une Type A, mais la clientèle souhaitait au milieu des années 1950 bien plus que des performances digne des années 1920. C’est pourquoi Citroën augmente la cylindré du moteur de la 2CV AZ, on pourrait même dire qu’il s’agit d’un nouveau moteur tant il y a de petites modifications. Ainsi, les 12CV du 425 de la 2CV AZ permet d’emmener la voiture jusqu’à 70km/h, 80 si les conditions sont optimales et que le conducteur prend le risque de s’aventurer à telle vitesse. D’ailleurs, sur l’AZ, le compteur de vitesse est enfin éclairé pour livrer ses informations de nuit au conducteur, chose que la Type A avait oublié ! Enfin, désormais, avec l’AZ, on peut rouler, s’aventurer plus loin, le tout à moindre frais, ce qui contribuera à rendre la 2CV toujours plus attirante auprès de la clientèle, mais va rendre la 2CV Type A marginale, celle-ci fut produite jusqu’en 1959 au compte goutte.

                 En plus d’un nouveau moteur, Citroën apporte une innovation avec un embrayage d’un type nouveau : le centrifuge. En voilà une invention utile, qui permet d’éviter à avoir à débrayer lors des changements de vitesses ! Avec cet équipement, on passe les vitesses comme ça, on peut même démarrer en seconde, troisième, la voiture ne calle pas (en troisième, il lui faudra toute une piste d’aéroport pour s’élancer …), élément qui arrive tardivement et qui semble compléter une phrase du cahier des charges de la TPV oubliée, à savoir « la voiture pourra accueillir deux paysans en sabot … » ! Je déblatère ? Essayez donc de débrayer en sabot sans centrifuge, vous m’en direz des nouvelles … mais l’embrayage centrifuge n’était pas monté de série, encore fallait t’il que le client le réclame, et qu’il ait les moyens de se l’offrir surtout !

                Enfin, Citroën en profite pour améliorer la suspension avec des ressorts qui travaillent désormais sur la traction (compression sur la Type A), le premier système est dit à ressort apparent, ils seront rapidement intégrés dans des tubes du fait de nombreux problèmes.

                   Le confort et l’agrément de conduite se retrouvent améliorés sur la 2CV AZ, il ne lui reste plus qu’un seul élément critique, sa bâche longue décrié tant son usage est compliqué. Avant que Citroën ne propose sa porte de malle en 1957, de nombreux équipementiers avaient trouvé le filon et créaient des malles accessoires, très à la mode au milieu des années 1950, que l’on surnomme aujourd’hui les « malles bombées ».

 

                 Capote longue, petite lunette, gris métallisée, cette Citroën 2CV a tout des premières, on pourrait presque croire au premier regard – et à juste titre – qu’il s’agirait d’une des dernières Type A, celles produite après 1953, qui avaient perdu le cerclage autours des chevrons et les éléments de carrosserie mécano-soudés. Mais une fois le capot soulevé, le doute n’est plus permis, il s’agit bien d’une AZ, ventilateurs à six pales, tubes d’échappements de même diamètres … tant d’indices qui confirment l’identité de la belle sur sa plaque châssis, où il est inscrit « Type AZ – Série 2Ch ». En étant un peu plus méticuleux, un regard rapide sur la face arrière aurait de toute façon permit d’enlever tout doute en regardant la jupe arrière, qui est équipée de deux feux, et d‘un éclairage de plaque en son centre. En confrontant son numéro de série au registre de production des 2CV, il en sort que celle-ci daterait de 1958, et là, on a quelque chose de très intéressant, car les 2CV AZ de 1958 sont rares, très rares. En effet, en 1958, cela faisait deux ans que la 2CV AZL était sortie, et l’AZLP était disponible depuis peu. Peu de différences entre AZ et AZL/AZLP me direz vous, et pourtant, tout est dans la lettre : L pour Luxe, LP pour « Luxe Porte », quand la première se dotait de petits joncs chromés sur le capot et sur les côtés, avec un équipement mieux fini, l’AZLP troquait sa bâche longue pour une porte de coffre qui était tant attendue, et tellement plus pratique. Avec cet ensemble d’équipements, la 2Cv après avoir écumé les campagnes pendant une décennie s’en va à la conquête de la ville, et l’on ne peut donner tort à la marque aux chevrons, puisque nombre d’ouvriers rêvaient alors de quitter le vélo ou la mobylette contre une voiture; mais citadins oblige, ces derniers aspiraient à un certain confort, ce à quoi les 2CV AZL/AZLP semblaient répondre. L’AZ de son côté continue sa carrière, mais les ventes restent très anecdotiques, et n’intéressent plus que ceux qui souhaitent avant tout un prix bas au détriment d’équipements de confort.

                 Tel fut le cas de cette 2CV AZ, achetée en 1958, nous n’avons que peu d’informations sur sa première vie, avant qu’elle ne soit rachetée par une famille de paysans de la Creuse dans la région d’Uzerche. Dans cette ferme, la 2CV fut utilisée comme « voiture à tout faire », et l’entretient se limitait au strict minimum pour qu’elle puisse rouler et passer le contrôle technique. Elle a tout de même reçu au cours de cette vie mouvementée – dont elle garde des séquelles sur sa carrosserie- des pneumatiques neufs, un très bel investissement quand on connait le prix des montes sur les 2CV à vieux capot ! Mais forcément, au bout d’un moment, cette 2CV se faisait trop vieille, et fut remisée, comme beaucoup d’autres, dans une grange de la ferme (Heureusement que cet esprit des agriculteurs de ne rien jeter a existé, sans quoi beaucoup seraient parties à la destruction …). Puis, ces dernières années, un des membres de cette famille d’agriculteurs, parti depuis sur Paris, se rappelle de cette 2CV remisée et décide de la remettre en route, sans doute par effet de mode, mais plus par passion, et lui fait une simple remise en route afin qu’elle puisse rouler sans trop de problèmes. L’idée était de laisser cette 2CV dans son aspect « vieille France », en souvenir de son passé tumultueux, dont la carrosserie porte fièrement les cicatrices.

                    Derrière son aspect délabré, cette 2CV AZ est plutôt saine, enfin c’est là un bien grand mot. Disons que cette 2CV ne présente pas trop de rouille perforante, seuls les planchers, comme beaucoup de Deuches, sont réellement attaqués et ont subis de nombreuses réparations de fortune, parfois fait à la va-vite à coup de tôle et de rivets-pop. On note également quelques points de rouille perforante sur les joints des vitres arrières, qui étaient encore en métal en ce temps, et qui sont très sujets à la corrosion. Vie à la ferme, cela signifie également des ailes présentant des impacts, cette Deuche n’échappe pas à la règle, puisque aucune aile n’en est ressortie intacte, avec des chocs parfois plus importants que d’autres, ayant coupés l’aile par endroit. Sur certains, sous l’effet du choc, la peinture s’est craquelée, et a été remplacé au fil du temps par une « fleur de rouille » qui donne à cette voiture son aspect si rustique. Tant qu’on est sur la peinture, parlons-en, puisque cette Type AZ adopte un gris métallisé qui n’est pas d’origine et qui évoque les premières deuches, lequel s’est ternis au fil des années, laissant place à une superbe patine, parfois agrémentée de quelques points de rouille qui parfait l’ensemble. D’ailleurs, l’aile arrière droite présente de multiples craquelures qui ont formé à l’aide de la rouille en enchevêtrement de formes géométriques, ressemblant presque à un labyrinthe, qui n’aurait pas d’issues ! On peut noter aussi quelques gros défauts sur la carrosserie, comme le bas de l’aile avant droite qui s’est coupé, la privant de fixation à cet endroit; ou encore la porte conducteur, dont le panneau de carrosserie s’est dessoudé, comme sur beaucoup de vieilles deuches à portes suicides, et dont une rapide réparation à base de point de soudure a été faite pour maintenir cet élément en place malgré tout, ce qui n’empêche pas quelques mouvement de ce dernier lorsque la porte est manipulée. Autre défaut, de moindre importance cette fois-ci, mais qui affecte l’esthétique de l’auto, ce sont des retouches faites à la bombe, dans un gris/bleu qui saute aux yeux en comparaison au gris terne de la carrosserie, mais retouches faites pour contrer semble t’il la rouille, qui sont moins choquantes que le « D.C » inscrit à la bombe argentée sur cette même aile, comme si quelqu’un avait tenté de figer ces initiales sur cette pauvre 2CV. Mais bon, tout ceci fait partie de la vie de l’auto, et faire une retouche serait impensable au risque d’abîmer soit l’aile, soit la patine de cette 2CV.

                    Crapahutons à l’intérieur de cette 2CV, l’aspect y est tout aussi rustique qu’à l’extérieur, voire encore plus. Les garnitures de fauteuils, avec leur motif de tissu écossait d’origine est déchiré, et recouvert d’une couverture. On retrouve par ailleurs la teinte gris foncée d’origine à l’intérieur de la voiture. Un coup d’œil rapide sur le compteur de vitesse en bas à gauche du pare-brise, qui ne semble pas d’origine puisque faisant plus neuf que le reste, cette 2CV dispose tout de même d’une jauge à essence, un équipement accessoire d’époque avec sa petite plaque accolé a coté du témoin de charge. On retrouve dans le vide poche quelques boites d’ampoule d’époque, quelques papiers d’antan que le propriétaire à souhaité conserver avec l’auto. Enfin, surprise, cette 2CV dispose toujours de son pare-soleil avec les consignes d’entretient collés sur un papier, chose rare et très recherché ! Et c’est sur cet élément que l’on quitte cette 2CV, la laissant partir vers sa nouvelle vie, sans doute plus calme que l’ancienne …


Les plus

_ un mythe national
_ une superbe patine
_ fiabilité
_ entretient très simple

Les moins

_ pas simple à dénicher dans cet état
_ prix
_ pas forcément pratique au quotidien
_ disponibilité des pièces 6 Volt

L’avis d’Alex

               Une vieille Citroën 2CV dans son jus, voilà qui fera rêver plus d’un deuchiste ! Bien loin des 2CV rénovées qui perdent un peu leur âme, celles qui présentent une patine de plusieurs décennies d’âge collent plus à l’esprit de la 2CV, une voiture « à tout faire », populaire, parfois malmenées, mais surtout, elle ont quelque chose à raconter ! Quelques propriétaires insensibles à ces belles patines n’hésitent pas à refaire leur voiture, mais pour d’autres, il est hors de question de modifier quoi que ce soit au look de la voiture. Me situant plus dans cette seconde catégorie, cette 2CV ne peut que me plaire, en espérant que ce soit également votre cas. Autre avantage des « patinées », leur prix, car lorsqu’une AZ en très bon état flirte, voire dépasse les 8.000€, une AZ patinée qui roule et qui est impeccable en dessous peut s’échanger entre 3.000 et 4.000€ ! Pour les uns, ça fait cher la voiture « en mauvais état », pour d’autre, c’est la voie d’accès au bonheur …