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Tracta Grégoire Sport (1956-1958)

              N’est pas constructeur automobile qui veut ! Pourtant, Jean-Albert Grégoire est un ingénieur de renom dans le monde de l’automobile, adoptant des solutions d’avant-garde sur les voitures qu’il confectionne. La dernière d’entre-elle, la Tracta Grégoire Sport aurait peut-être pu percer sur un marché de niche… 

Tracta Gregoire Sport (3)

              Jean-Albert Grégoire est une figure emblématique de l’automobile française, il faut dire que ce polytechnicien né en 1899 a toujours été inventeur, pour ne pas dire précurseur dans ce domaine. Preuve en est, il dépose dans les années 1920 un brevet de joint homocinétique qu’il exploite au travers de la société Tracta qu’il fonde en 1927. Il s’intéresse en même temps à la traction et développe des voitures de compétition qu’il commercialise à hauteur de 200 exemplaires jusqu’en 1932. Dans cette quête de devenir constructeur automobile, Jean-Albert Grégoire s’associe en 1937 avec Hotchkiss pour produire l’Amilcar Compound avec des éléments novateurs : structure coulée, carrosserie en métal léger. La guerre met fin à cette aventure après 900 exemplaires. Pendant l’occupation, c’est sur l’aluminium qu’il travaille et réalise la carrosserie de l’AFG, puis en 1951, il obtient d’Hotchkiss la production d’une berline en aluminium portant son nom, laquelle fut commercialisée jusqu’en 1954 sans connaitre de succès.

Tracta Gregoire Sport (4)

             Malgré cet échec, Jean-Albert Grégoire continue de croire en ses chances et décide de concevoir sa propre voiture sportive, dont il débute l’élaboration au printemps 1955 dans les ateliers de l’entreprise Tracta. Développant un châssis en quelques mois, sur lequel il greffe un moteur Hotchkiss dopé par un compresseur pour atteindre 125Cv. Pour la carrosserie, Jean-Albert Grégoire fait appel au styliste Carlo Delaisse qui dessine une voiture à empattement court mais avec d’importants porte-à-faux. Il faut dire que le moteur Hotchkiss se trouve en porte-à-faux avant et ne laissait guère le choix au styliste. Et c’est le carrossier Chapron qui se charge de la production de la carrosserie.

Tracta Gregoire Sport (1)

               Obtenant des résultats convainquant avec son premier prototype, Jean-Albert Grégoire envisage de présenter la voiture pour le Salon de Genève 1955, soit un an après avoir débuté le développement de la voiture. Mais Grégoire décide d’avancer la présentation de deux mois afin que la voiture soit présente à l’International Sport Car Show qui ouvre ses portes le 15 Janvier 1956 à Dearborn (USA). Présenter la voiture aux Etats-Unis est un coup tout calculé car Grégoire pense que ce marché sera source de débouchés. Pour la petite histoire, le prototype fut accidenté le 25 Décembre 1955 et c’est par un important travail de réparation que la voiture fut prête pour cet évènement !

             La Tracta Grégoire Sport est une voiture élégante, mais il lui manque une ligne agressive. La Grégoire Sport se présente davantage comme un roadster de balade ! Mais la finition a de quoi plaire, la carrosserie produite par Chapron est sans défaut, l’intérieur est recouvert de cuir, des roues à rayon de chez Robergel sont montées de série !

Tracta Gregoire Sport (2)

             Sa fiche technique a de quoi plaire aussi, le quatre cylindre Hotchkiss de 2.188cm3 développe 125Cv grâce à un compresseur Constantin et une alimentation assurée par deux carburateurs double corps. Accolé à une boite à quatre rapports, la voiture affichait une vitesse de pointe entre 175 et 180km/h. Le freinage est quant à lui assuré par des disques à l’avant et des tambours à l’arrière.

            Mais si la Tracta Grégoire Sport connait un succès d’estime lors de sa présentation, son prix à de quoi refroidir les potentiels clients : 3.500.000 Francs ! Soit 10 Citroën 2CV … Il faut dire que la voiture souffre aussi d’une fabrication artisanale qui ne permet pas de tirer les coûts vers le bas en produisant en série : par exemple, la carrosserie est réalisée à la main chez Chapron, tout comme le montage qui est réalisé de façon artisanale.

           Et si la Tracta est proposée 3.500.00 Francs, la marque perd 800.000Francs par exemplaire vendu : la voiture coute 4.300.000 Francs à produire. Par exemple, la carrosserie coute à elle seule 1.500.000 Francs, le compresseur Constantin 85.000 Francs…En Octobre 1956, Tracta expose au salon de Paris, un exemplaire cabriolet mais aussi un coupé réalisé à la demande d’un client et qui restera unique.

               En 1958, Tracta propose la Grégoire Sport avec un empattement rallongé de 12cm afin de rendre la carrosserie de la voiture encore plus fluide, peut-être un atout pour attirer de nouvelles ventes. Hélas, la clientèle ne suit pas, l’aventure s’arrête donc cette année pour cette voiture après un nombre d’exemplaires qui peut se compter sur les doigts d’une main !