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Delfosse logo

Delfosse : l’histoire de la marque

              Une marque sportive du Nord, voilà comment résumer en quelques mots le constructeur Delfosse, basé à Cambrai et actif entre 1922 et 1926.  

Delfosse (1)

            Au début des années 1920, les cyclecars connaissent un important essor en bénéficiant d’avantages fiscaux et d’une publicité véhiculée par la compétition automobile, un créneau qui créé de nombreuses vocations si bien que l’on ne compte plus les constructeurs qui apparaissent dans les quatre coins de la France. Charles Delfosse est un peu de ceux là, participant à des courses au début des années 1920 sur une Monet-Goyon , il y fait la rencontre en 1921 de Monsieur Silvestre, lequel était en train de fonder avec Monsieur Morain, un constructeur automobile en région parisienne répondant au nom de M.S., et mettait au point un petit moteur deux cylindres qui permet de mouvoir une petite voiture dont la production débuta en 1922.

                  La construction automobile intéresse Charles Delfosse, M.S. nourrit de grands projets automobiles pour lesquels des fonds sont nécessaires, les deux acteurs trouvent rapidement un accord : Delfosse achète une vingtaine de châssis à finir de monter et autant de moteur auprès de M.S. Pour leur assemblage, Delfosse monte fin 1921 un atelier à Cambrai, place du Carré de Paille, dont les premières voitures sont terminées dans les premiers mois de l’année 1922.

                      Les premières Delfosse sont des petites voitures avec un moteur deux cylindres M.S. d’un litre de cylindrée, boite à trois rapports et freinage sur les roues arrière, les performances de la voiture sont toutefois limitées en raison du pont arrière trop lourd. A la fin de l’année, le moteur M.S. est troqué contre un quatre cylindres Chapuis-Dornier de  961cm3 offrant de meilleures performances. Pour cette première année, Delfosse engage ses voitures en compétition : fin juillet 1922, deux Delfosse participent au Meeting de Boulogne sur Mer,  si elles n’obtiennent pas de résultat sportif, une Delfosse remporte le premier prix de carrosserie dans la catégorie « voiturette ». Puis fin septembre, deux Delfosse sont engagées au premier Circuit des routes pavées, pilotées par Charles Delfosse lui-même et Tiremant, ce dernier fini non classé tandis que Delfosse signe une troisième place en catégorie « 1100cc » derrière l’Amilcar de Morel et la Salmson de Desvaux.

suspension Delfosse OMNIA

La suspension Delfosse présentée par la revue Omnia.

                Au milieu de l’année 1923, Delfosse décide de réaliser ses voitures avec un châssis de sa conception, la gamme 1924 se compose ainsi des CS6 et CD7, il fut également envisagé la production d’un châssis destiné à équiper des compagnies de taxis mais ce projet est resté sans lendemain. Pour les CD6 et CD7, les châssis sont de conception identiques, ils reçoivent une suspension mise au point par Delfosse et éprouvée sur les routes pavées du Nord. La CD6 s’équipé d’un quatre cylindres en ligne C.I.M.E. de 1.100cm2 , d’une boite à trois rapports et d’un freinage à l’arrière uniquement; la CD7 quant à elle embarquait un quatre cylindres C.I.M.E. de 1500cm3, boite quatre et freinage aux quatre roues. La première pouvait se vanter d’un 100km/h en vitesse maximale quand la seconde filait à 115km/h.

Delfosse CD6 (1)

                 Au Circuit des Routes Pavées 1924, Delfosse engage un modèle 1100 piloté par et deux 1500 dont une pilotée par Charles Delfosse. Cette année là, l’une des 1500 ne prends pas le départ, la 1100 n’est pas classée et la dernière Delfosse, une 1500cm3, abandonne après avoir connu des déboires de direction et de magnéto. Fin août, Delfosse engage deux voitures au Meeting de Boulogne-sur-Mer, l’une ne prends pas le départ et la voiture pilotée par Maréchal eut un accrochage avec une Aston-Martin pilotée par l’anglais Eyston. Delfosse n’enregistre pas de résultats en compétition cette année-là, mais la marque prend une orientation sportive.

Delfosse 1924 (1)

                   Au Salon de l’Automobile de Bruxelles 1924, Delfosse expose deux châssis (de CD6 et CD7) et une CD6 avec une carrosserie sport à deux places. Aussi, sur le catalogue, Delfosse propose trois carrosserie : Grand Sport à deux places, Grand Sport à quatre places et Torpédo Sport qui offre un « hard-top » permettant de transformer la voiture en conduite intérieure.

Delfosse (2)

1925 : La nouvelle calande de Delfosse apparaît.

                    En 1925, la gamme des CD6 et CD7 est reconduite, toutefois, la CD6 connait d’importants changements : le moteur C.I.M.E. de 1.100cm3 est troqué contre un 1.200cm3 du même fournisseur, qui améliore tant la souplesse que la vitesse maximale, le freinage s’effectue également à l’avant sur ce modèle, tout comme la CD7. L’ensemble de la gamme Delfosse reçoit une nouvelle calandre de forme ovale, personnalisant les voitures, et le pont arrière devient de fabrication Delfosse suite à l’acquisition de l’outillage nécessaire. Delfosse quitte alors son usine de Cambrai pour ouvrir un nouvel atelier à Marly-Les-Valenciennes.

                     Pour la compétition, Delfosse construit trois voitures de courses dites « Grand Prix » sur la base d’un châssis CD7 retourné, équipé de trains roulants améliorés et allégés, d’un freinage agissant sur le différentiel et un moteur C.I.ME. de 1.500cm3 préparé par Delfosse pour augmenter sa puissance. Les voitures sont ainsi basses et disposent d’une carrosserie carénée pour fendre l’air. Lors de leur première sortie à la course de Côte de Chateau-Thierry, le 20 avril 1925, une Delfosse Grand-Prix remporte la catégorie 1.500cm3 « course », un exploit réitéré une semaine plus tard au Circuit de l’Aisne. Delfosse signe également le doublé dans sa catégorie à la course de côte de Poix. Au Ballon d’Alsace, la Delfosse Grand Prix remporte une nouvelle fois sa catégorie mais signe également le second temps de l’épreuve, toutes catégories confondues. La saison 1925 voit encore des victoires de catégorie au Circuit des Routes Pavées, et une septième place au général lors du Grand-Prix de Boulogne sur Mer.

                    Delfosse prenait une orientation toujours plus sportive, ce qui limitait d’autant la clientèle alors que les frais engagés pour la compétition augmentait. Delfosse revend d’une de ses Grand Prix à un riche client Belge qui l’engage dans des courses de côte dans le sud de la France et y remporte l’épreuve de Cannes (course de côte de l’Esterel), de Marseille (Course de côte des Plâtrières) et la course de côte de Massillan. Au Grand Prix de Provence sur le circuit de Miramas, dans les épreuves éliminatoires, une Delfosse se classe quatrième derrière quatre Talbot à compresseur, mais abandonne en finale. Il s’agit du clap de fin de Delfosse en compétition, le constructeur survit encore quelques mois mais disparait à la fin de l’année 1926, la production totale est estimée à environ 160 voitures.

Sources
- Le fanatique de l'automobile n° 78 (mars 1975) et n° 79 (avril 1975).
 On parle de Delfosse :
- Le Matin, édition du 19 novembre 1923, p4 : brevet Delfosse pour une suspension automobile. 
- Omnia, revue pratique de locomotion, avril 1925 - Page 588 
- La Vie de l'Auto n° 635 du 30 décembre 1993. 
- RétroViseur n° 354 - avril 2019.