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Arbel Symetric – l’histoire d’une arnaque

               D’un projet de génial inventeur à une arnaque, voilà comment on pourrait décrire la Symetric. Cette voiture qui voit le jour en France au tout début des années 1950 se veut révolutionnaire avant de sombrer dans l’oubli, suivi d’un réveil incroyable à la fin de cette même décennie sous la marque Arbel…  

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               L’histoire de la Symetric est l’œuvre de Casimir André Loubières, vendeur de voitures et ingénieur amateur à ses heures perdues, se lance dans la conception de sa propre voiture à la fin des années 1940. Mais pour cet homme, il n’est pas question de construire une voiture lambda, bien au contraire, Casimir Loubières veut innover pour proposer une voiture d’avant-garde qui se démarquerait dans l’offre automobile française. Pour cela, il se fait financer par son frère, Maurice Loubières qui possédait la COSARA, une compagnie aérienne et société de transport en Indochine française.

               Un premier prototype est mis au point par la Compagnie Normande d’Etudes afin de mettre au point un système de transmission particulier. La Symetric n’utilise pas un ensemble moteur-boite de vitesse, mais un moteur de Simca 8 de 1100cm3 qui alimente une dynamo qui distribue l’électricité ainsi produite aux quatre moteurs électriques de la voiture, un situé dans chaque roue. Cette architecture n’est pas nouvelle dans le monde de l’automobile, un certain Ferdinand Porsche avait réalisé en 1901 la Lohner-Porsche présentant une architecture identique. Mais trop lourde et trop chère, cette voiture ne connaitra pas le succès.

               Toutefois, la Symetric de Loubières proposait quelque chose de nouveau, son système de freinage : les moteurs électriques se transformaient en ralentisseurs dès que le conducteur levait le pied et des freins à tambours sur les roues arrière se déclenchaient automatiquement au-delà de 15km/h dès que le pied était relevé de l’accélérateur. Ainsi, la Symetric n’avait qu’une seule pédale et fonctionnait en quelque sorte en mode On/Off.

               La carrosserie de la Symetric est l’autre excentricité de cette automobile, conçue pour garantir la meilleure habitabilité à ses occupants quitte à lui donner une forme de tonneau. La voiture prend son nom de la parfaite symétrie de la carrosserie entre l’avant et l’arrière, les pièces à l’exception des faces avant et arrière, ainsi que les ailes, sont interchangeables entre elles. Les portes s’ouvrent en deux parties, quand la vitre se glisse vers le toit, le panneau de porte disparait dans le plancher ! Les éléments de carrosserie sont réalisés en alliage léger  pour réduire le poids de l’auto.

               Présenté lors du salon de Genève 1951 avec une déclaration de mise en production possible par les frères Loubières, la Symetric ne suscite que peu d’intérêts. Par conséquent, la voiture est redessinée pour être présentée lors du salon de l’automobile de Paris 1953, cette fois, la Symetric arbore une carrosserie en plastique, moins excentrique que le prototype de 1951. Un modèle roadster est utilisé pour des tests routiers et intéresse le ministre de la Guerre. Les frères Loubières annoncent une production  de 1.000 unités par an, mais le carnet de commandes de la Symetric demeure vide.

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               L’aventure de la Symetric aurait pu d’arrêter là. Mais en mars 1958, en association avec François Arbel, les frères Loubières reviennent sur le devant de la scène avec une nouvelle version de la Symetric dont les lignes se sont américanisées pour tenter de convaincre la clientèle. Les déclarations à la presse ne manquent pas, outre une commercialisation imminente, la société Arbel annonce l’acquisition d’un terrain en périphérie de Nice pour accueillir une usine d’assemblage, le lancement d’une compagnie de taxis parisiens pour démontrer les qualités des Symetric, une participation de la marque aux 24 heures du mans 1959…

               Aussi, la Symetric offre à ses clients plusieurs moyen de propulsion, avec, au choix, des moteurs essence de 50 et 75Cv, un moteur à gaz nommé Genestagaz, et un réacteur nucléaire Gestatom utilisant des déchets nucléaires offrant une autonomie de 5 ans (sic !). Un battage médiatique qui aurait du faire douter tout le monde, mais quelques personnes précommandent leur exemplaire de Symetric en versant des arrhes lors du salon de Genève 1958. Notons qu’une Symetric à moteur à explosion était alors commercialisé 900.000 Francs, soit le même prix qu’une Citroën DS.

               Bien évidement, malgré quelques déclarations qu’une centaine d’exemplaires de Symetric à moteur à explosion seraient produit d’ici la fin de l’année 1958, l’entreprise Arbel disparaît des écrans radars avec les arrhes de ses clients. L’entreprise n’avait ni les locaux ni les moyens de lancer une production automobile, faisant de la Symetric une énième arnaque autour de l’automobile…