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Les Citroën DS par Chapron

           Après la Seconde Guerre Mondiale, l’activité de la carrosserie Henri Chapron est mise à mal en raison du déclin de l’automobile haut de gamme dans notre pays, les marques que Chapron habillait traditionnellement disparaissent les unes après les autres. L’arrivée de la Citroën DS fut salutaire pour le carrossier, le design aérodynamique de la nouvelle Citroën inspire Henri Chapron qui la décline en un cabriolet quatre places dès 1958. La première pierre d’une gamme autour de la DS. Au salon de Paris 1958, ses créations sur base DS font sensation, et voilà comment nait une lignée… 

           Chapron, c’est un carrossier bien connu du monde de l’automobile française, il démarre son activité en 1919 en carrossant des Ford T. Ses carrosseries sont conventionnelles, pas ostentatoires, et voilà une réputation qui se fait. L’entreprise résiste à la crise des années 1930, puis à la Seconde Guerre Mondiale. Mais le contexte devient plus difficile pour les carrossiers dans les années 1950, la disparition des marques de prestige et l’avènement de la monocoque réduisent les possibilités. Les fermetures de carrossiers se succèdent, Chapron est l’un des seuls à tenir.

                  En fait, Chapron se tourne vers les grands constructeurs, si aucun n’a de châssis à habiller, Chapron sait que pour exister, il faudra proposer des déclinaisons de voitures déjà existantes. Mais le choix est limité entre une Citroën Traction en fin de carrière, une Peugeot 203 qui offre déjà des variantes coupé et cabriolet. Simca ? Le constructeur mené par Pigozzi tourne avec Facel-Metallon, Panhard avec Pichon-Parat. Il reste Renault, et ça tombe bien, le constructeur de Boulogne Billancourt souhaite dynamiser sa berline Frégate. Renault commande à Chapron une version Coach, une proposition qui plait. Renault donne son feu vert mais les ventes demeurent confidentielles. Il y aura bien des tentatives avec d’autres constructeurs qui restent sans lendemain. En revanche, chez Renault, Chapron va pouvoir travailler sur la nouvelle Dauphine, pour un décliner des versions coupé et cabriolets nommés Mouettes, avec un petit succès d’estime. 

La Citroën DS, quinze ans de travail pour Chapron…

Lors de sa présentation en 1955, la Citroën DS détonne dans le paysage automobile. Une ligne aérodynamique, fluide et sans calandre, un large vitrage laissant pénétrer la luminosité dans l’habitacle. Et que dire de sa célèbre suspension hydropneumatique… [En savoir plus…]

               Entre temps, la présentation de la Citroën DS en 1955 fait sensation, la DS se distingue par son style et sa technologie, le renouveau du haut de gamme français. Mais au programme, la berline semble bien seule et Citroën ne prévoit pas dans l’immédiat de décliner des versions cabriolet ou coupé de sa DS. Les contacts entre Chapron et Citroën existait déjà, le carrossier ayant été appelé à réaliser certains éléments de carrosserie des prototypes DS. Et voilà Chapron mettre ses stylistes à plancher sur une variante cabriolet de la DS, certainement avec l’appui de Citroën pour l’étude de renforts structurels, le constructeur imposa à Chapron de conserver l’aile arrière amovible. 

              Le résultat est présenté lors du salon de Paris 1958, sobrement appelé « Cabriolet DS 19 », il ne passe pas inaperçu auprès du public et Chapron repart du salon avec cinq commandes. Lors de ce même salon, Citroën présentait la version prestige de la DS, haut de gamme ultime dont les finitions sont réalisés chez Chapron. Renommé La Croisette à partir de l’été 1959, ce cabriolet reçoit des portières rallongées et une baguette chromée au milieu de l’aile arrière, une option proposée pour masquer la séparation entre l’aile arrière et le panneau latéral jusqu’à l’arrivée des « ailes lisses » sur les derniers exemplaires.  On note aussi un arrière très bombé, des formes imposés par la conservation de la banquette arrière comme élément structurel de la voiture.  Les cabriolets La Croisette furent produits de 1958 à 1960 à partir de berlines DS transformées dans les ateliers Chapron. En tout, c’est quinze cabriolet Le Paris qui ont vu le jour. 

                En février 1959, les commandes encourageantes du cabriolet DS poussent Chapron a présenter une version Coach de la Citroën DS directement dérivée du cabriolet, rapidement nommé Le Paris (au cours de l’été 1959, comme le cabriolet La Croisette). Le pavillon reprend les traits caractéristiques des créations Chapron, à savoir un toit arrondi, lunette arrière panoramique et vitre latérale trapézoïdales, il rompt quelque peu l’homogénéité de la ligne de la DS. 

                      Au salon de Paris 1959, aux côté des DS La Croisette et Le Paris, le stand Chapron expose une ID 19 cabriolet nommée « Le Caddy« . Sur cette version, l’habitacle est plus court avec seulement deux places d’appoint en lieu et place de la banquette arrière. C’est pourquoi la porte provient d’une berline, en contrepartie, l’aile arrière est rallongée. L’année suivante, le cabriolet Le Caddy est coiffé d’un toit pour donner naissance au coupé Le Dandy, une version élégante qu’il est possible de choisir avec un toit rabaissé de cinq centimètres. 

Le Dandy

Le Dandy, c’est un coupé 2+2 réalisé sur la base du cabriolet Le Caddy. Ici, un exemplaire d’après 1965 avec les ailes arrière remaniées. 

Citroën DS Chapron Cabriolet (1)

                Avec le succès rencontré par le cabriolet DS, Citroën décide d’introduire cette variante dans la gamme DS et en confie la production à Chapron en raison des faibles volumes de vente attendus. Grâce à cette collaboration, Chapron peut désormais envisager sereinement les années à venir avec la visibilité offerte par Citroën. Surtout, le constructeur au double chevrons fournit des plates-formes spécifiques à Chapron qui, jusque là achetait des DS complètes et revendait les éléments de carrosserie inutilisés. Cette base reçoit des longerons de DS Break qui se reconnaissent par leurs deux emplacements pour le cric. Ces cabriolets « usine » cohabitent avec les créations de Chapron.

Citroën DS Chapron Palm Beach (3)

              Pour se démarquer, Chapron propose en 1962 la Citroën DS Cabriolet « Palm Beach » qui propose quatre places, puis avec sa déclinaison coupé nommée « Concorde ». Avec l’assemblage des cabriolets usines et la construction de ses propres versions, les ateliers de Chapron tournent à plein régime. En 1963, Chapron continue de se différencier des Cabriolet « usine » avec des ailes arrières totalement revues.

Citroën DS Chapron Majesty (1)

                En 1964, Chapron s’attaque désormais aux berlines avec une nouvelle création, la DS Majesty dont l’arrière, plus carré, tente de s’immiscer sur le segment des voitures haut de gamme. Seules 27 unités trouvent preneur auprès de grands décideurs, banquiers et diplomates.

Citroën DS Chapron Le Léman (1)

               En 1966, le coach « Le Léman » prend la place du Concorde dont la ligne demeure très proches à l’exception du pavillon. En 1968, la face avant des Citroën DS est corrigée avec des phares sous vitre, certains clients demandent alors à Chapron de faire évoluer leur voiture en conséquence pour paraître plus moderne. Cette même année, la commercialisation des DS Le Dandy et Le Caddy s’interrompt après respectivement 50 et 34 unités produites.

Citroën DS Chapron Lorraine (1)

               En 1969, la berline DS Lorraine est présentée et rend hommage au général de Gaulle, une voiture personnalisable à souhait, certains clients demandant même un blindage de leur voiture. Une vingtaine d’exemplaires seront réalisées, avant que la production de la DS s’interrompe en 1975, et de facto la lignée des DS Chapron s’éteint. 

Sources
Fabien Sabatès, la DS, objet de culte. Massin éditeur .
Olivier de Serre, Les DS Chapron. Minauto n°37