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Berliet T100 (1957-1959)

            A la fin des années 1950, plusieurs symboles  qui participeront au rayonnement de la France sont en cours de construction, notons entre autre le pont de Tancarville dont la première pierre est posée en 1955, ou encore le paquebot France dont l’assemblage débute en 1957. Cette même année, Berliet présente le T100, le plus gros camion du monde qui participe à sa façon à faire briller la technologie française… 

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             Depuis la fin des années 1930, l’idée de la présence de pétrole dans le Sahara est communément admise compte tenu des spécificités géologiques de cette région, la prospection pétrolière débute dans l’Algérie française dans les années 1950. La Société Nationale de Recherches de Pétrole en Algérie (S.N.RE.P.AL) obtient en 1952 l’un des deux permis permettant de prospecter dans l’immense étendue de sable. Les recherches se font avec un matériel rudimentaire, parfois même à dos de chameaux quand les véhicules ne peuvent plus avancer…

               Néanmoins, les premiers indices d’un sous-sol riche apparaissent, en 1953, la S.N.RE.P.AL trouve quelques cm3 du gaz inflammable dans un forage à 2.000 mètres. L’année suivante, un important gisement de gaz est trouvé, mais le pétrole se fait encore attendre. C’est seulement le 15 juin 1956 que le pétrole gît, le Sahara devient officiellement une zone pétrolière, la France se met à la conquête de cet eldorado. Depuis les premières recherches, le problème du transport de matériel dans le Sahara n’avait jamais été vraiment résolu…

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               Jusque là, les pionniers du pétrole faisaient avec les moyens du bord, l’Etat français leur fournissait toutefois un important matériel jusqu’à des avions qui leur étaient mis à disposition. Mais pour se mouvoir, rares étaient les véhicules capables de franchir les dunes de sable du Sahara. Du matériel de la seconde guerre mondiale a sans doute été utilisé, ainsi que quelques Berliet et Willème. Mais aucun véhicule ne surpassait les camions américains Kenworth, qui connaissaient toutefois leurs limites dans les régions les plus reculées du Sahara…

                  Toutefois, le marché de la prospection pétrolière commence à intéresser en métropole, des artisans tentent leur chance comme ALM qui produit des petits camions tout-terrain que l’on retrouva au Sahara. A partir de 1956 et la découverte de l’or noire, les grandes compagnies s’intéressent de près à cette aventure, notamment Berliet dont son dirigeant, Paul Berliet, effectue un survol du Sahara en avion fin 1956. il envisage alors plusieurs solutions, l’une d’entre elle fut le Berliet Gazelle, un camion développé en 10 mois et opérationnel dès 1957.

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                Mais la Gazelle de Berliet n’est pas adaptée au transport de charges volumineuses sur les dunes, le constructeur lyonnais envoie début 1957 ses ingénieurs dans le Sahara pour une mission spécifique : établir un cahier des charges d’un camion capable de traverser les dunes sans encombre avec du matériel lourd de l’ordre de 50 à 60 tonnes. Une semaine plus tard, les ingénieurs rendent leur travail à Paul Berliet : il faut un camion aux dimensions énormes. Le feu vert est donné au projet, mais le véhicule doit être prêt rapidement pour ne pas louper les débuts de l’exploitation pétrolière au Sahara.

            Pour concevoir le T100, Berliet part de la plus grande monte de pneumatique disponible et construit son camion autours, en commençant par le châssis. Pour le moteur, les impératifs de temps pour présente le véhicule ne permettent pas de concevoir un moteur Berliet, de toute façon, la spécificité de ce véhicule rendrait un tel projet non viable économiquement. A la place, Berliet se tourne vers l’américain Cummins qui produisait alors les plus gros moteurs pour poids-lourds.

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            Le premier Berliet T100 dispose ainsi d’un Cummins V12 de 29,61 litres de cylindrée, équipé de deux turbocompresseurs qui permettent de proposer 600Cv. Les ingénieurs de Berliet rêvaient de 700Cv, mais la technique de l’époque ne permettait pas de les atteindre. Une fois ce moteur arrivé dans les ateliers Berliet, il est monté sur le châssis du T100, une transmission semi-automatique Clark à quatre rapports avant et quatre rapports arrières est montée. Quant à la direction, elle est assistée à l’aide de moteur de  voiture Panhard ! Pour d’autres composantes, Berliet fait appel à l’aéronautique pour équiper le T100 de freins à disque mais aussi d’une suspension avant à amortisseurs hydrauliques.

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               Conçu et assemblé en mois de 10 mois, le premier Berliet T100 sort des ateliers Berliet à la fin du mois de septembre 1957, le projet n’avait pas été ébruité jusqu’alors. Ce camion prend la route direction Paris pour une présentation au salon de l’automobile. Une opération qui dure plusieurs jours, le tout sous escorte policière. une fois sur place le Berliet T100 prend place dans un hall spécifiquement réalisé pour lui, autours de la gamme « Saharienne » de Berliet. Forcément, le plus grand camion du monde interpelle, la plupart des visiteurs y font un détour. Jamais un hall réservé au poids-lourds n’avait connu telle affluence !

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                   Le Berliet T100 participa ensuite à d’autres manifestations où il fut érigé en vedette, comme lors des Journées Techniques de l’Exportation à Grenoble. A la fin de l’année 1957, le Berliet T100 effectue ses premiers tests en milieu hostile et est amélioré au fil des embûches qu’il rencontre, avant de partir à Helsinki lors d’une nouvelle présentation, le T100 est alors acheminé au port du havre où il est embarqué en cales d’un navire.

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                En 1958, Berliet débute l’assemblage du Berliet T100 n°2, le T100 n°1 part en terres africaines pour être exposé à la Foire de Casablanca qui se tient au cours du mois d’Avril. Le véhicule y reçoit les honneurs du roi du Maroc, ce qui permet de faciliter l’installation de la filiale Berliet-Maroc. Le Berliet T100 n°1 revient en France par la suite parfaire sa mise au point, avec de nouvelles modifications qui profitent au T100 n°2 en cour d’assemblage. Ce dernier est prêt en septembre 1958 et reçoit un moteur de 700Cv obtenus grâce au travail sur l’arbre à came. Son capot est surélevé mais conserve le « monogramme » « 600Cv ».

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                 Pendant un mois, Berliet T100 n°1 et n°2 sont mis en confrontation au cours d’essais communs. De ces essais, le moteur de 700Cv est mis au point, un essieu à roues jumelées à l’arrière est testé, puis le T100 n°2 part dans le Sahara travailler à la prospection pétrolière. Le T100 numéro 1 retourne dans les ateliers de Berliet pour recevoir des modifications mécaniques pour porter sa puissance à 700Cv. Présenté en 1959 lors du salon de Francfort, le T100 n°1 reçoit une livrée rouge et attire encore la foule. Il est ensuite envoyé en Afrique où il participa à l’inauguration de la base Berliet d’Ouargla, puis commence sa carrière de labeur dans le Grand Erg Oriental…

               Entre temps, Berliet débutait l’assemblage du T100 n°3 qui, contrairement aux deux premiers, reçoit une benne Marrel capable de recevoir 50m3 de roches. Ce T100 n’est destiné au Sahara puisque c’est le Commissariat à l’Energie Atomique qui le commande pour l’exploiter dans les mines d’Uranium de la Haute-Vienne, une autre grande aventure française de l’époque. Il y travaillera durant cinq ans avant d’être mis à disposition d’une entreprise de BTP lors de la construction d’une autoroute. Faute d’utilité en France, il sera exposé comme élément publicitaire avant d’être détruit en 1978.

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                 Quand le troisième Berliet T100 sort des ateliers, Berliet décide de réaliser un quatrième T100 destiné, cette fois-ci, au marché américain. Il reçoit ainsi une nouvelle carrosserie à cabine avancée afin de se distinguer des productions américaines. Cette ligne se veut futuriste, elle reçoit une importante surface vitrée et peut recevoir cinq personnes à son bord. Conçu par Berliet comme véhicule de promotion, ce T100 n°4 reçoit le V12 Cummins de 600Cv resté dans les stocks de Berliet.

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                     Dès la fin de son assemblage, le T100 n°4 part aux Etats-Unis pour être exposé à la foire de Tulsa, puis celle de Chicago. Ce T100 fait ensuite un détour au sein des ateliers Cummins pour voir son moteur porté à 700Cv, avant de revenir en France via New-York. Cette tournée américaine permet de faire connaître Berliet mais le constructeur français n’engrangea aucune commande.

                Une fois revenu en France, Berliet cherche une nouvelle mécanique pour son camion et se tourne vers Turbomeca pour obtenir une turbine d’hélicoptère. Montée en 1960, la turbine effectua quatre années de tests à bord du T100, si elle réponds aux demandes des ingénieurs, sa consommation empêche toute commercialisation. Et malgré la création d’une gamme sur le papier autours du T100 (camion, porteur…), la guerre d’Algérie s’intensifiant, le T100 perd son objectif principal et resta sur le chiffre de quatre unités produites… Seuls deux T100 sont encore de ce monde, un en Algérie, l’autre au sein de la Fondation Berliet.