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S.U.M.B. « Marmon » (1964-1973)

              Depuis le début des années 1950, l’armée est à la recherche d’un petit camion tactique pour remplacer une partie de son matériel américain. Elle choisira au début des années 1960 le S.U.M.B « Marmon » et son moteur V8, un camion présent pendant quatre décennies dans les casernes de l’armée française…

SUMB Marmon (2)

               Derrière l’acronyme SUMB se cache quatre noms (Simca, Unic, Marmom, Bocquet), et autant d’acteurs pour la conception et la production d’un camion léger à destination de l’armée française, lequel fut adopté dans les années 1960. Pour comprendre l’arrivée de ce camion, revenons à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, alors que l’armée française  s’équipe en surplus américain et s’enfonce dans la Guerre d’Indochine, les constructeurs automobiles nationaux sont chacun cantonnés à un segment déterminé par l’Etat par le Plan Pons, parmi lesquels figure un Renault nationalisé. Lorsque l’armée française réclame un petit camion tout terrain, c’est vers la Régie Renault que l’état se tourne, il existe dans sa gamme un petit utilitaire (les Voltigeurs et Goélette) dont il existe une déclinaison en quatre roues motrices, quelques développements supplémentaires donnent naissance au R2087. Mais ce dernier ne laissa pas que de bons souvenirs à ses utilisateurs…

renault 750kg 4x4

Avec le 750kg 4×4, Renault disposait d’une longueur d’avance

           Jusqu’à la toute fin des années 1940, la Ford SAF – filiale française du constructeur américain – pouvait commercialiser quelques uns de ses camions à l’armée française, principalement sur des petites commandes. Au début des années 1950, la Ford SAF met au point un nouveau camion militaire, le Cargo (code F 569 WML) disponible en version deux roues motrices, mais également en quatre roues motrices avec un dispositif mis au point par Marmon-Herrington, commercialisé en France par Bocquet, une famille d’industriel œuvrant principalement pour Ford. En 1954, la direction américaine de Ford décide de céder sa représentation française à Simca, une décision prise par le constat que le constructeur américain n’a jamais réussi à percer sur le marché français, mais aussi par la crainte de voir les communistes arriver un jour au sommet de l’Etat français.

Simca Cargo

Ford laissait à Simca le Cargo et ses commandes militaires

                 Bocquet, cherchant à écouler les produits Marmon-Herrington, se lance dans la conception de camions tout-terrains pour l’armée française présentés sous le blason « Marmon ». C’est alors que les pièces du puzzle se mettent en place : Bocquet ayant travaillé avec Ford et connaissant le V8 de la marque, Simca fournit les moteurs d’origine Ford. Reste le U d’Unic, le constructeur français a été racheté par Simca pour former la division Simca Industries, regroupant notamment les camions Saurer et les tracteurs Someca, c’est une usine d’Unic qui est mise à contribution pour produire en série le petit camion tactique (bien que cette décision sera plus tardive dans l’histoire du Marmon).

Simca-Marmon Type MH 600

              En 1957, après de nombreux tests avec différentes motorisations, Bocquet propose deux véhicules à l’armée française sous la marque « Marmon », un 4X4 ainsi qu’un 6X6, tous deux équipés du V8 Simca (ex Ford). Le camion 6X6, nommé FF6 et proposant une alternative aux Dodge WC62 est rapidement écarté en raison de performances médiocres. Le 4X4 quant à lui présente une bonne base de travail, mais nécessite une mise au point longue et minutieuse pour répondre aux standards des militaires. Fin 1958, le Simca-Marmon Type MH 600 débute sa campagne de tests avec le V8 des Ford Cargo, deux exemplaires sont livrés à l’armée française en 1959 pour évaluation. Il en sortira une consommation excessive, un manque de puissance, une fragilité de la suspension et une cabine à repenser pour améliorer l’accessibilité au moteur que la visibilité pour le conducteur. En face, Mercedes proposait l’Unimog avec une motorisation maison et une motorisation Renault et engrangeait de nombreux points positifs.

SUMB Marmon (3)

              Toutefois, la base du Marmon est bonne et l’armée passe commande pour  unités pour des essais plus poussés, seuls 22 exemplaires furent livrés entre 1960 et 1961 (11 en configuration initiale et 11 avec les recommandations de l’armée, type MH 600 BS). Sans surprise, la seconde solution est retenue, quelques améliorations permettent de franchir des gués de 1,20 mètres, et de rouler jusqu’à deux mètres d’eau en l’équipant d’un snorkel. Mais la consommation du V8 Simca reste la point faible du véhicule, l’armée demande à Bocquet de lui fournir deux véhicules équipés du moteur du Panhard AML mais cette solution ne donna pas satisfaction. Lors d’ultimes essais, le Simca-Marmon MH 600 BS affronte le Renault R2265 et remporte le duel, mais s’incline face à l’Unimog 404. Des considérations politiques et économiques permettent de pousser la solution Simca-Marmon menant à la première commande en octobre 1962 pour des premières livraisons début 1964.

SUMB Marmon (1)

                 Pour la production, si Marmon porte le projet, l’usine de Bocquet située à Villiers-le-Bel ne permet pas de tenir la cadence, c’est alors qu’il est décidé de produire le « Marmon » chez Unic, en son usine de Suresnes. Bocquet a tout de même produit quelques éléments pour le Marmon dans son usine. De Janvier 1964 jusqu’en 1973, il fut produit 8.803 S.U.M.B. Marmon, principalement en configuration plateau proposant 12 places et 1,5 tonne de charge utile, on retrouve aussi le Marmon en camionnette de dépannage, au sein du Génie avec une pelle Poclain, mais aussi au sein de l’armée de l’air avec un équipement de lutte contre l’incendie préparé par SIDES.

SUMB Marmon pelle Poclain (1)

                En 1994, l’armée française est encore en possession de nombreux Marmon mais la maintenance est devenue problématique en raison de la difficulté de trouver des pièces détachées, tout comme la consommation qui tourne aux alentours des 35 litres aux 100km. il est alors décidé de reconstruire des Marmon par l’ETAMAT de Clermont-Ferrand, comprenez une remotorisation : le V8 Ford cède sa place au quatre cylindres en ligne Renault Véhicules Industriel type 720SC et d’une boite de vitesse ZF, un ensemble que l’on trouve alors sur les Renault TRM 2000. Ainsi remotorisé, le Marmon vivra une decennie de plus avec une consommation passant sous les 30 litres aux 100km.

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