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Peugeot 404 Coupé – 1967

   

        C’est d’une longue tradition de chez Peugeot que la 404 Coupé est issue, puisque le constructeur sochalien sortait une version cabriolet, puis très souvent une version coupé de sa berline du moment. Parmi les constructeurs français, Peugeot était le seul à laisser un tel choix à sa clientèle. Alors que la 404 berline arrive dans les concessions en 1960, Peugeot va confier le soin à Pininfarina de réaliser les versions coupé et cabriolet, deux modèles aux lignes élégantes, pouvant figurer parmi les plus belles voitures françaises des années 1960 ! Pininfarina réussissait un coup de maître, une ligne si agréable à regarder que le carrossier italien en proposera une « copie » à un constructeur concurrent !

       Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la cabriolet et le coupé 404 ne furent pas présentés en même temps. Le cabriolet fut lancé le premier, lors du salon de Paris 1961, où il se distingue tout aussi bien par sa ligne que par les quatre vraies places qu’il offre, quelque chose de peu courant avec cette variante carrosserie. La commercialisation débutera en Avril 1962, et rencontra un accueil flatteur. Et c’est seulement un an après la présentation du cabriolet que le coupé 404 arrive, lui aussi au salon de Paris. Mais un prix de vente trop élevé détournera nombre de clients de cette version, si bien que le coupé vivra dans l’ombre du cabriolet. Preuve en est, seuls 6.834 coupés trouvent preneur jusqu’en 1969, quand le cabriolet affichait 10.389 unités ! Partons donc à la rencontre du coupé 404 !

  

       Après la carrière très confidentielle de la 403 Cabriolet, qui fut par ailleurs la seule voiture, jusque là, à ne pas connaitre de déclinaison coupé, Peugeot aurait pu arrêter d’industrialiser ces versions dérivées des berlines. En effet, les chiffres de vente de la 403 cabriolet demeurent bas avec 2.050 exemplaires, et la 203 qu’elle remplaçait n’avait pas fait mieux avec 2.567 cabriolets et 953 coupés. Continuer à faire vivre ces versions, Peugeot y était bien décidé, mais cette fois-ci en s’offrant les services d’un carrossier de renom : Pininfarina.

       Cette collaboration entre Peugeot et Pininfarina ne débutait pas avec les 404 Coupé et Cabriolet, Peugeot s’étant attaché les services du carrossier italien dès le début des années 1950 pour renouveler le style de ses automobiles, alors que le département Etudes Carrosserie sochalien était alors mené par une poignée de personnes dirigées par Henri Thomas, père de la ligne fuseau-Sochaux. De cette première collaboration franco-italienne naissent les grandes lignes de la berline 403. Quant au cabriolet 403, il fut l’œuvre de Marcel Pourtout, et décevait la clientèle par son manque d’audace… Fort de la réussite de la 403, Peugeot réitère son aventure avec Pininfarina pour concevoir les traits de la berline 404. Les lignes de cette dernière née sont novatrices et s’inspirent fortement des voitures américaines. Rapidement, quelques tensions éclatent entre Peugeot et Pininfarina, puisque le carrossier turinois a entre temps signé la Fiat 2100 et la Austin Cambridge, qui présentent toutes deux des airs de famille avec le projet développé pour la 404, mais présentées plus tôt, elles ne peuvent pas copier la 404 révélée en 1960.

        Si ces tensions sont palpables, elles n’empêchent pas Peugeot de confier le projet des coupés et cabriolets 404 au carrossier italien, et fort heureusement d’ailleurs car Pininfarina signe là une ligne des plus élégantes que l‘automobile française va connaitre dans les années 1960. Et si la face avant laisse apparaitre un lien avec la berline 404, il faut savoir qu’aucune pièce de carrosserie n’est commune entre les deux versions ! C’est dire le génie du dessin de Pininfarina. L’ensemble est très sobre, le charme opère dans la simplicité de la ligne, de quoi plaire à la clientèle de Peugeot, plus bourgeoise que frimeuse. Mais malgré cette simplicité, la carrosserie du coupé n’en est pas moins racée avec les lignes tendues au niveau du pavillon et de la lunette arrière, trait que n’affiche pas le cabriolet.

        Si Peugeot est conquis par le dessin de Pininfarina, laissant présager une collaboration idyllique entre nos deux acteurs, il n‘en sera rien, puisque Pininfarina va également signer quelques carrosseries proches de celles de la 404 Cabriolet pour des concurrents européens, notamment Fiat et la 1500-1600. Pour Peugeot, c’en est de trop, le torchon brûle si bien que le constructeur sochalien développe un véritable département de style, lequel permit d’écarter Pininfarina pour les 204 et 304. Mais cette relation repartira de plus belles avec les 504 et 406…

  

       Côté motorisation, la 404 Coupé est proposée lors de sa sortie avec le moteur de la berline, et donc avec le choix pour le client entre la version carburateur ou injection. Le moteur est un quatre cylindres en ligne de 1.618cm3, bien connu chez Peugeot puisqu’il est une émanation du moteur de la 203. La fiabilité était donc de mise, ainsi que le sérieux de la maison Peugeot, toujours très conservatrice dans ses choix. Quant à la puissance développée, tout dépend de l’alimentation, les premiers moteurs à carburateur développaient 72Cv, puis 76 à partir de 1965; quant à l’injection, elle permettait en 1962 d’afficher 85CV, puis 96 après 1965. Concernant les vitesses maximales, la version la moins performante atteignait un 148km/h, tandis que la version la plus puissante pouvait monter jusqu’à 168km/h.

       Des évolutions, hormis sur le plan mécanique, la 404 Coupé n’en connaîtra que très peu, si ce n’est le restylage de 1965, très léger, qui permet à la 404 d’adopter des antibrouillards intégrés dans la calandre, à l’instar du modèle que nous avons pour cet article. Quant à l’intérieur, celui-ci n’évoluera guère durant la commercialisation du véhicule.

         Du coup, question peut se poser sur le faible succès rencontré par le coupé 404 par rapport au cabriolet. Et l’une des premières réponses est le prix auquel fut proposé la voiture, puisque si Peugeot avait tenté de limiter les coûts de production du coupé et du cabriolet en réutilisant des pièces mécaniques de la 404 berline , le cabriolet 404 était 50% plus cher qu’une berline bien équipée, et le prix du coupé était encore plus élevé. Et encore, ceci sans compter l’injection qui, si elle était choisie par le client, ne faisait que gonfler la note ! Le prix élevé de cette voiture tient aussi au processus de fabrication, puisque les caisses étaient entièrement fabriquées par Pininfarina à Turin, puis partiellement assemblées et peintes, avant d’être envoyées vers Sochaux pour y recevoir leur mécanique ainsi que les finitions. Un assemblage complexe, et par conséquent couteux.

           Enfin, autre raison du peu de succès rencontré par la 404 Coupé, l’arrivée rapide d’un hard top dans la commercialisation du cabriolet 404, dont les lignes reprennent celles du pavillon de la 404 Coupé. Avec un toit rigide, la 404 Cabriolet réunissait les avantages des deux versions, diminuant encore plus l’intérêt du coupé, qui voit dès lors ses ventes chuter davantage.

 

        Penchons nous désormais sur l’exemplaire que nous avons pour cet article, il s’agit d’un modèle de 1967, équipé bien évidement des projecteurs anti-brouillard dans la calandre ! Sous le capot, on retrouve le 1.618cm3 alimenté par carburateurs, avec une puissance de 76Cv.

          L’état de cette voiture est assez surprenant, les coques assemblées en Italie, on sait donc la 404 coupé sujette à la corrosion, ce qui a réduit encore plus le cheptel des 404 coupés, mais celle-ci en est totalement exempte. Si l’on ne devait noter qu’un défaut sur la carrosserie, ce serait les coins des portes qui baillent, grand défaut que l’on retrouve quasi systématiquement sur ce modèle, et encore, sur cet exemplaire, le mal est plutôt discret. Glissons nous maintenant dans l’habitacle, lui aussi dans un état remarquable. Les cuirs des fauteuils ne sont pas abîmés, seule une couture sur le fauteuil conducteur a lâché histoire d’embêter son propriétaire ! Quant au tableau de bord, recouvert de cuir, rien n’a bougé, ni même le plastique et les chromes de décoration, tous dans des états remarquables !

          Une fois assis à la place du conducteur, on remarque de suite que le poste de conduite est décalé par rapport à la route : les pédales et le volant ne sont pas dans l’ axe la route, bien que ce soit un peu déroutant les premières minutes, l’on s’y fait plutôt rapidement. Mais la chose qui marque une fois installé, c’est l’importante luminosité dans cet habitacle, conférée par l’importante surface vitrée et le pare-brise panoramique. Je note aussi la hauteur du pavillon, l’espace entre la tête des passagers avant et le ciel de toit est importante, de l’ordre des 30 centimètres. Un petit coup d’œil sur les compteurs me faisant face derrière le large volant avec un cerclage chromé dont Peugeot avait le secret, où ils sont au nombre de trois : un tachymètre, une pendule et un compteur pour le témoin de charge et la jauge à essence; l’ensemble est très lisible, et seul manque peut être un compte-tour !

         Il ne me reste plus qu’à boucler ma ceinture et à partir faire un petit essai sur nos routes ! Et rapidement, pour avoir essayé une 404 berline peu de temps auparavant, j’aurais la surprise de me retrouver, en terme de sensation de conduite, face à la même voiture : même bruit, même puissance, même direction … Comme me le fait justement remarquer mon copilote, en fermant les yeux, on se croirait dans une berline ! Le moteur Peugeot est des plus exploitables, il prend des tours facilement et permet d’atteindre une vitesse de croisière entre 80/90km/h, et il y en a encore sous la pédale, bien qu’au-delà de ces vitesses, la tenue de route est un peu plus aléatoire, le train avant devenant plus léger. Le moteur a également du couple, on peut prendre les ronds points sans rétrograder, le moteur ne s’étouffera pas et reviendra sur son régime optimal sans broncher ! Cependant, la 404 coupé n’est pas une sportive, les accélérations ne sont pas fulgurantes, et bien que la vitesse de pointe mentionnée par le constructeur est de plus de 150km/h, au vu de la tenue de route au-delà des 90km/h, cette vitesse parait bien utopique, à moins d’avoir de grandes lignes droites à l’américaine …

           Côté freinage, cette 404 est équipée de l’hydrovac, un système qui permet de décupler l’effort du conducteur sur la pédale de frein, mais il y a un léger temps de réponse le temps que le système se mette en marche, un laps de temps très court mais qui, en situation d’urgence, pourrait paraitre long. Et quand le système s’enclenche, le freinage est fort, très fort même, si bien qu’il vaut mieux effleurer la pédale de frein lors des premiers essais, à moins de vouloir casser son dentier contre le volant ! Et ce système, il faut du temps pour s’y habituer, ne serait-ce que par le puissant freinage, mais aussi par les quelques centièmes de seconde de décalage entre le temps ou l’on appuie sur la pédale et que la voiture freine effectivement.

          Au final, la Peugeot 404 Coupé est une voiture de ballade, on ne dispose pas d’un gros moteur, on n’a pas de performances sensationnelles, mais on a une ligne et un agrément de conduite ! D’ailleurs, la voiture est plutôt silencieuse lorsqu’elle est en mouvement, les fauteuils sont confortables et pour un coupé, on est pas « ras le sol », la position de conduite se rapprochant quelque peu de la berline. Voiture de ballade donc, de quoi apprécier pleinement l’auto.

Les +

_ Ligne Pininfarina
_ Moteur fiable
_ Confort

Les -

_ Pièces de carrosserie spécifiques
_ Côté déjà élevée
_ Rares en bon état

L’avis d’Alex

            La 404 Coupé figure sans aucun doute parmi les plus belles voitures françaises des années 1960, et peut-être même parmi les plus beaux coupés français d’après guerre ; la griffe italienne de Pininfarina n’y est pas pour rien, rappelant les lignes d’une Ferrari 250 GT pour certains ! Un véritable trait de génie qui ne fait pas oublier les grands traits de la 404 berline, alors qu’elle n’a aucune pièce de carrosserie en commun. Quand à rouler avec la 404 Coupé, c’est comme si vous conduisez la berline, à la différence près que vous avez le sigle Pininfarina sur le tableau de bord, et une position de conduite légèrement plus basse. Vous l’aurez donc compris, la 404 Coupé n’est pas sportive pour un sou, elle est une simple voiture de ballade, destinée à la clientèle d’alors de Peugeot. Et aujourd’hui, la 404 Coupé s’avère être en cela une très bonne voiture de collection, auquel vous rajoutez la fiabilité des moteurs Peugeot ! Bref, une voiture pour rouler sans se poser de question avec une ligne à l’italienne !

 

Mes remerciements à Ludovic du Relais de l’Auto Ancienne pour l’essai de cette Peugeot 404 Coupé ainsi que la mise à disposition de cette voiture le temps des prises de vue, ainsi qu’à JF pour la relecture de l’article ! 

 

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