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Citroën Type 23 RU bus « Belle-Clot » – 1946

                 Dans le monde de l’automobile de collection, il y a bien évidement les voitures qui occupent une large part des passionnés, mais certains s’intéressent à du matériel plus gros, tel les camions ou les bus anciens. Mais ces derniers représentent une part minoritaire pour plusieurs raisons. D’une part, ces véhicules ont des dimensions importantes qui ne permettent pas de les stocker dans de simples garages, et d’autre part, ces véhicules d’essence utilitaire ont pour beaucoup été usés jusqu’à la corde, ce qui en fait des véhicules rares mais pas moins recherchés et admirés. Pour cet article, je vous propose de découvrir un rare bus Citroën T23RU croisé dans la rue…

Citroën Type 23RU bus (3)

             En se promenant dans la rue, on s’attend rarement à croiser une voiture ancienne, et quand une telle chose survient, le passionné est souvent admiratif face à ces belles mécaniques qui s’expriment dans le flot de la circulation moderne et qui se démarquent bien souvent par leurs formes ou leurs couleurs. Mais croiser un bus ancien, c’est quasiment mission impossible, ce type de véhicule ne se rencontre que lors d’expositions. Et pourtant, la chance m’a souri puisque en me promenant dans Limoges au cours de l’été 2015, je suis tombé nez à nez avec un Citroën U23 carrossé en bus découvrable ! Une variante de carrosserie peu banale, et le véhicule se présente dans son jus !

                Grand passionné des carrossiers d’antan et de leurs réalisations, je connaissais déjà ce bus U23 pour l’avoir vu sur de nombreuses photos sur le Net. Il faut dire que la plupart des bus Citroën encore existant de nos jours sont tous répertoriés et font l’objet de nombreux articles ou discussions sur les forums spécialisés. Ainsi, il ne m’aura pas été difficile de trouver quelques informations sur ce U23 afin de pouvoir vous le présenter.

             Ainsi, ce bus est construit sur un châssis de Citroën U23 RU livré en 1946 dans la région de Grenoble en châssis-nu à l‘entreprise Barde. Celle-ci envoie le châssis dans les ateliers de la carrosserie « Belle-Clot » situés dans la même ville, afin de lui octroyer sa carrosserie de bus Torpédo, c’est-à-dire avec un toit entièrement découvrable. Ce type de bus était alors apprécié pour les ballades en montagne, celui-ci servira dans sa première vie pour assurer la liaison entre Corps et le Sanctuaire de Notre-Dame de la Salette, un célèbre lieu de pèlerinage entre les années 1940 et 1960. Ce petit autocar pouvait transporter jusqu’à 22 personnes. Ce bus sera rapidement repeint pour afficher en 1948 une teinte bleu foncé et bleu moyen, avant de prendre sa teinte actuelle en 1949 avec du gris et du bleu clair.

             Trois peintures en moins de quatre ans, il faut dire qu’à cette époque, les exploitants de cars d’excursions se livraient une concurrence féroce, c’était à celui qui avait le plus beau bus, le plus récent, le plus excentrique. A ce jeu là, certains petits acteurs n’ayant pas les moyens de s’offrir de nouveaux bus usent de divers stratagèmes, comme celui de repeindre régulièrement leurs cars pour donner l’apparence d’une flotte sans cesse renouvelée.

          Ce bus cesse son activité de transport de voyageurs dans les années 1950 mais continuera a être exploité de manière temporaire dans les montagnes dans un but de messagerie. Ainsi, ce bus transportera divers biens, ou viendra au secours de personnes en panne ou égarées sur les routes sinueuses. L’histoire raconte même qu’en l’absence de véhicules spécifiques, ce bus a transporté diverses personnes en détresse vers les hôpitaux, et servait même parfois de corbillard dans les villages les plus reculés.. Voilà comment ce bus nous est parvenu dans cet état, en conservant carrosserie initiale et sa patine d’époque.

Citroën Type 23RU bus (4)

               Nous l’avons vu, ce bus est donc une Citroën U23, pourtant, le titre de l’article mentionne « Citroën T23 ». De quoi évoquer l’histoire de camion Citroën. Derrière cet utilitaire, le Citroën Type 23 est le dernier véhicule conçu du vivant d’André Citroën, et marque la volonté du cosntructeur de Javel de proposer une gamme complète de véhicules utilitaires. A l’origine, le Type 23 est une camionnette selon les mines, le véhicule y a été reçu le 25 avril 1935 et avait un poids total en charge de 3,5 tonnes. Puis vient l’heure de la présentation du modèle, effectuée lors du salon de Paris d’octobre 1935.

               Le nom exact du modèle est « Citroën Type 23 Série U », U pour Utilitaire et 23 car dans sa version plateau, cette camionnette avait un poids total en charge de 2.300kg. A cette époque, les constructeurs automobiles étaient nombreux et la coutume était, concernant les utilitaires, de les appeler par leur marque et leur tonnage pour désigner le modèle (ex : Renault 6 tonnes…). Citroën va pour autant se démarquer dès 1933 en utilisant la lette « T » pour désigner ses utilitaires : Citroën T29, T32, T45… Puis T23 pour le camion qui nous intéresse.

              Alors pourquoi appelle-t-on couramment ce modèle Citroën U23 ? La véritable raison n’est pas connue mais plusieurs auteurs évoquent soit des erreurs d’auteurs à une époque où l’accès à la documentation n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui, tandis que d’autres évoquent avec plus de succès le phénomène des surnoms que donnait le public aux produits. Si cette pratique n’était pas encore banalisée, Citroën savait en jouer, comme ce fut le cas pour la Rosalie ou encore la Traction, ou plus tardivement avec le HY surnommé « Tube ». Ainsi, le Type 23 se serait rapidement fait appeler Citroën U23 par la clientèle, on retrouve la même situation pour le Citroën Type 45, surnommé P45.

              Pour en revenir à notre utilitaire devenu bus, à cette époque, les constructeurs de véhicules utilitaires proposaient une gamme autour d’un châssis. Celui-ci pouvait recevoir des carrosseries usines, mais aussi être livré nu puis être habillé chez le carrossier choisi par le client. Tel était le cas des bus, souvent réalisés sur la base de véhicules utilitaires puis habillés par de nombreux carrossiers, notre exemplaire a ainsi reçu une carrosserie Belle-Clot, mais d’autres noms illustres ont fait des autocars sur base Citroën, comme Heuliez, Amiot, Besset, Jonckheere, Frappa…

Citroën Type 23RU bus (2)

               Grâce à Internet, on sait aussi que ce Citroën Type 23 est de la série « RU », on peut donc s’intéresser aux différentes versions du U23. Originellement, ce véhicule est présenté en 1935 comme Citroën T23 Série U, lequel s’équipe du moteur de la Traction Avant 11CV, toutefois monté à l’envers pour entraîner les roues arrières, tout en ayant un sens de rotation inversé afin de pouvoir le démarrer à la manivelle dans le sens ordinaire, c’est-à-dire par la droite. Quant à la boite de vitesses, elle est spécifique au U23 afin de lui octroyer trois rapports courts. Avec ses 45Chevaux, le Type 23 peut rouler jusqu’à 70km/h. Le U23 connaîtra ensuite quelques évolutions, avec la version Diesel qui apparaît en 1936 sous le nom de Type 23 Di.

                 Pour voir apparaître une nouvelle version du Citroën Type 23, il faut attendre 1939 et une commande en urgence de l’armée française portant sur 13.000 unités afin de préparer la guerre imminente contre l’Allemagne. L’attrait pour le modèle est relancé, apparait ainsi le Type 23L Série U, avec un châssis rallongé de 37cm et un poids total passant à 3,8 tonnes. Cette version apparait en Avril 1940, l’armée allemande arrive dans Paris en Juin de la même année et prend possession des usines Citroën et continue la production des Type 23, dont la version L.

                  Le Type 23L est modernisé en Septembre 1941 pour devenir Type 23R Série U (T23 RU) il dispose désormais d’un châssis renforcé et d’un freinage hydraulique, et quelques modifications permettant d’augmenter encore une fois son poids total en charge à 3.950kg.

                 A la libération, le Citroën T23 RU est l’un des premiers véhicules à être produit par Citroën mais avec un poids total en charge qui passe à 4,2 tonnes à partir de Février 1945. D’ailleurs, la carrosserie des U23 d’après guerre change légèrement au niveau des ailes avant, lesquelles sont galbées et tombent désormais jusqu’au niveau du pare-choc avant. Et c’est l’un de ces exemplaires dont fait parti le châssis de ce bus Citroën puisque construit en 1946.

            Inutile d’en dire plus sur la rareté de ce véhicule, le sujet a déjà été évoqué, mais sachez que chaque réalisation des carrossiers est une oeuvre unique. Aujourd’hui, ces véhicules font le bonheurs des passionnés, mais aussi des personnes qui ont pu connaitre de tels véhicules d’antan, sans oublier qu’ils sont un précieux témoignage pour les jeunes générations afin de rappeler comment les voyageurs se déplaçaient autrefois. Bref, un véhicule rare, qui valait bien un article !

6 réflexions au sujet de « Citroën Type 23 RU bus « Belle-Clot » – 1946 »

  1. Bonjour, cet autocar d’excursion est très connu, il fait partie de la collection Ivan Lavallade. Il traverse la France et roule régulièrement avec ce véhicule.
    Le carrossier n’est pas Belle-Clot mais Chaboud, un autre carrossier Grenoblois d’avant Guerre et de l’immédiat après-Guerre.
    Ce que vous dites sur les ailes de cet autocar est faux. Ce sont des ailes spéciales, hors série, réalisées par le carrossier. C’est seulement sur l’année modèle 1953 que les ailes des Type 23 étaient « enveloppantes », et leur forme différaient de celles-ci.
    La plus grosse partie des photos de Type 23 que vous avez mise sur votre blog sont tirées de son propre ouvrage « Le Citroën U23 de mon père », paru aux éditions ETAI en 2008.

    Cordialement

  2. Superbe bus, merci de le faire connaître. Connaissez vous aussi le « car courant d’air »?
    Faîtes la recherche et vous en verrez des photos.

  3. Bonjour,

    J’ai le projet de « massacrer » ma vieille visa club bi cylindre en panne depuis trop longtemps et d’en récupérer le châssis nu. Il servirait de base à un chariot bâché tracté par 2 ânes (les cv des pauvres !!). avez-vous idée du poids de ce chassis ? Merci pour votre aide.
    Bien cordialement. Maxime maxime.vasseur@hotmail.fr

    1. Mais faites en ce que vous souhaitez, le droit de propriété vous donne droit de la massacrer. A ce message sans doute provoquant, je répondrais que la Visa n’a pas de châssis mais une coque autoporteuse, et que vous pourriez tout à fait en faire un chariot tiré par quelques mûles. Quant au poids, je ne le connais pas mais je serais curieux de le connaitre une fois la modification faite ;)

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